Bavure actuelleBavures 2000Bavures 1999Best of bavuresPetites phrasesImagesPolice Académie ???QuotidiensMe contacterSouscrire à la liste de diffusionStatistiquesLiensVos réactions
Bavure precedente Des pelotons de CRS contre le dépôt de gerbe des harkis Bavure suivante
Libération - Vendredi 12 novembre

A Paris, la marche de 300 harkis a été bloquée.

Ce devait être leur jour de gloire, tout au moins une première forme de reconnaissance, ce ne sera qu'une «humiliation de plus». Voulant participer au dépôt de gerbe du 11 Novembre à l'Arc de triomphe, quelque 300 harkis sont restés hier suspendus entre deux rives, parqués entre deux cordons de CRS sur le pont d'Iéna, hésitant un moment à brûler le drapeau français et entonnant la Marseillaise quand l'ordre vint enfin de les laisser passer.

Une première. Ils s'étaient rassemblés tôt dans la matinée au pied de la tour Eiffel. Une dizaine de cars venus de toute la France déversent des hommes âgés, bardés de médailles et porteurs de l'étendard français, une poignée de femmes et quelques jeunes décidés à reprendre le flambeau de la mémoire harki. L'itinéraire communiqué à la préfecture de police doit les mener vers Matignon, où leurs représentants veulent tenter de rencontrer Lionel Jospin ou l'un de ses conseillers pour évoquer, une fois encore, les difficultés d'intégration de cette communauté (environ 150000 personnes). Parallèlement, les harkis sont pour la première fois invités à déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu.

Pour célébrer l'événement, les manifestants décident de rallier la place de l'Etoile avant d'entamer leur procession protestataire. Aussitôt leur décision connue, d'impressionnantes forces de sécurité sont déployées pour leur barrer l'accès à la rive droite de la Seine. Seule une délégation est acceptée aux cérémonies du 11 Novembre, alors que tous veulent assister à ce «moment historique pour les harkis». Mené par Boussad Azni, coordinateur du Comité national de liaison harki, le cortège prend néanmoins la direction du Trocadéro, pensant que le bon sens des autorités françaises prendra le pas sur les craintes de débordements.

Peine perdue, les médailles et la Marseillaise n'ont pas valeur de sésame. Au bout d'une heure de face-à-face, les harkis, déçus et exprimant leur humiliation à quelques CRS suffisamment âgés pour se rappeler leur rôle pendant la guerre d'Algérie, décident d'annuler le dépôt de gerbe, de rebrousser chemin et de reprendre leur itinéraire initial. Trop tard, un nouveau cordon de CRS s'est déployé de l'autre côté du pont d'Iéna et les matraques sortent de leurs étuis. Quelques jeunes décident de passer devant les anciens et il faut toute la diplomatie de ces derniers, sur le mode «on n'est pas là pour refaire la guerre», pour stopper les débuts d'échauffourées. Les jeunes crient: «Les médailles et les drapeaux à la flotte». D'autres allument un feu avec les pancartes et envisagent d'y jeter les drapeaux en guise de protestation. Là encore, ce sont les anciens combattants qui calment le jeu en invoquant l'image de la communauté.

Mise en garde. Pendant une heure, dans un vent glacial, les harkis oscillent entre désir d'en découdre et volonté de ne pas se mettre à dos l'opinion publique française. Vers midi, l'ordre est enfin donné de les laisser quitter les lieux. Officiellement les CRS attendaient la fin des cérémonies sur la rive droite pour les laisser aborder la rive gauche. Les harkis, très amers, jurent que l'affaire ne s'arrêtera pas là: une télécopie émanant d'une association rivale a mis en garde les autorités, signalant qu'«un groupe d'activistes (...) entend troubler les cérémonies du 11 Novembre». Leur rendez-vous avec l'histoire nationale a été gâché, ils entendent prendre leur revanche devant la justice.

Bavure precedente   Bavure suivante
[Bavure Actuelle] [Bavures 2000] [Bavures 1999]
[Best Of]
[Images] [Petites Phrases] [Police Academie ?] [Quotidiens] [Contact]
[Statistiques] [Souscrire] [Liens] [Vos Réactions]