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A Paris, la marche de 300 harkis a été bloquée.
Ce devait être leur jour de gloire, tout au moins une première forme
de reconnaissance, ce ne sera qu'une «humiliation de plus». Voulant participer
au dépôt de gerbe du 11 Novembre à l'Arc de triomphe, quelque 300 harkis
sont restés hier suspendus entre deux rives, parqués entre deux cordons
de CRS sur le pont d'Iéna, hésitant un moment à brûler le drapeau français
et entonnant la Marseillaise quand l'ordre vint enfin de les laisser passer.
Une première. Ils s'étaient rassemblés tôt dans la matinée au pied de
la tour Eiffel. Une dizaine de cars venus de toute la France déversent
des hommes âgés, bardés de médailles et porteurs de l'étendard français,
une poignée de femmes et quelques jeunes décidés à reprendre le flambeau
de la mémoire harki. L'itinéraire communiqué à la préfecture de police
doit les mener vers Matignon, où leurs représentants veulent tenter de
rencontrer Lionel Jospin ou l'un de ses conseillers pour évoquer, une
fois encore, les difficultés d'intégration de cette communauté (environ
150000 personnes). Parallèlement, les harkis sont pour la première fois
invités à déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu.
Pour célébrer l'événement, les manifestants décident de rallier la place
de l'Etoile avant d'entamer leur procession protestataire. Aussitôt leur
décision connue, d'impressionnantes forces de sécurité sont déployées
pour leur barrer l'accès à la rive droite de la Seine. Seule une délégation
est acceptée aux cérémonies du 11 Novembre, alors que tous veulent assister
à ce «moment historique pour les harkis». Mené par Boussad Azni, coordinateur
du Comité national de liaison harki, le cortège prend néanmoins la direction
du Trocadéro, pensant que le bon sens des autorités françaises prendra
le pas sur les craintes de débordements.
Peine perdue, les médailles et la Marseillaise n'ont pas valeur de sésame.
Au bout d'une heure de face-à-face, les harkis, déçus et exprimant leur
humiliation à quelques CRS suffisamment âgés pour se rappeler leur rôle
pendant la guerre d'Algérie, décident d'annuler le dépôt de gerbe, de
rebrousser chemin et de reprendre leur itinéraire initial. Trop tard,
un nouveau cordon de CRS s'est déployé de l'autre côté du pont d'Iéna
et les matraques sortent de leurs étuis. Quelques jeunes décident de passer
devant les anciens et il faut toute la diplomatie de ces derniers, sur
le mode «on n'est pas là pour refaire la guerre», pour stopper les débuts
d'échauffourées. Les jeunes crient: «Les médailles et les drapeaux à la
flotte». D'autres allument un feu avec les pancartes et envisagent d'y
jeter les drapeaux en guise de protestation. Là encore, ce sont les anciens
combattants qui calment le jeu en invoquant l'image de la communauté.
Mise en garde. Pendant une heure, dans un vent glacial, les harkis oscillent
entre désir d'en découdre et volonté de ne pas se mettre à dos l'opinion
publique française. Vers midi, l'ordre est enfin donné de les laisser
quitter les lieux. Officiellement les CRS attendaient la fin des cérémonies
sur la rive droite pour les laisser aborder la rive gauche. Les harkis,
très amers, jurent que l'affaire ne s'arrêtera pas là: une télécopie émanant
d'une association rivale a mis en garde les autorités, signalant qu'«un
groupe d'activistes (...) entend troubler les cérémonies du 11 Novembre».
Leur rendez-vous avec l'histoire nationale a été gâché, ils entendent
prendre leur revanche devant la justice.
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