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LA MAIRIE DE PARIS veut armer cinquante inspecteurs de sécurité. Dans
la plus totale discrétion, sans qu'aucun débat n'ait eu lieu sur ce point
au conseil de Paris, la direction de la prévention et de la protection,
s'appuyant sur un arrêté ministériel de mai 1991 autorisant l'armement
de ses agents, a démarré fin septembre une procédure de « sélection de
candidats pour le permis de port d'arme ». Un appel à candidature a été
ouvert le 30 septembre auprès des 350 agents de sécurité de la ville.
En uniforme bleu marine, ces agents sont chargés de la surveillance du
patrimoine municipal, des bâtiments, des espaces verts et des rues piétonnes.
Ex-service des parcs et jardins, ce service de gardiennage municipal,
composé d'anciens militaires ou d'anciens vigiles, fait figure depuis
des années d'embryon de police municipale. « On fait la chasse aux bandes
de jeunes et aux clochards », résume un de ces inspecteurs qui s'inquiète
« d'une dérive militaire récente ». Equipés pour la plupart de tonfa,
une redoutable matraque de service d'ordre munie d'une poignée, et pour
certains de menottes, ces inspecteurs ont pour mission de « faire respecter
le règlement sanitaire » municipal. Doivent-ils pour cela apprendre le
maniement des armes à feu ? La procédure de sélection a duré tout le mois
d'octobre. Les tests pratiques, arme au poing, ont consisté en deux séries
de tirs de 20 cartouches en tout. Un jury a examiné « le comportement
» pendant l'épreuve. Les tests sportifs (30 abdominaux, 20 pompes, 5 tractions
et 20 flexions) étaient « éliminatoires ».
« Tout cela est très dangereux. D'autant, qu'on est
souvent à la limite du dérapage. »
D'autres épreuves théoriques sur les règles de sécurité, étaient également
au programme. « Mais comment êtes vous au courant, c'est confidentiel
», s'étonne Robert Bauverie, adjoint au chef de service des inspecteurs
de sécurité. « En aucun cas, assure-t-il, les agents ne porteront leur
arme dans leur mission habituelle. » Selon lui, des inspecteurs seront
armés lors de missions ponctuelles de « transport de fonds, en cas de
grève des convoyeurs ». « Il s'agira d'un nombre d'inspecteurs très réduits
», affirme-t-il. Pourtant, à l'issue de cette procédure de sélection,
une liste de cinquante candidats (soit un inspecteur sur sept) a été diffusée
le 19 octobre dernier en interne. « Nous avons besoin d'équipes armées
de six agents, pour les transports de fonds, mais aussi pour des surveillances
d'expositions ou de rondes dans les catacombes, précise un des directeurs
du service. Pour avoir ces six agents opérationnels en permanence, nous
sommes obligés d'en former cinquante. » Leurs dossiers devraient maintenant
atterrir à la préfecture de police, seule autorité compétente pour accorder
les ports d'arme, autorisations en principe accordées au compte-gouttes.
Au sein de la direction de la prévention, l'opération ne suscite pas l'enthousiasme
général. Certains agents, qui ont refusé de passer les tests, s'inquiètent
de la présence d'armes à feu dans le service. « Un port d'arme, c'est
une autorisation globale, explique un inspecteur. Certains, et surtout
ceux qui ont parfois du mal à assumer les conflits, seront tentés de la
garder avec eux quelles que soient leurs missions. Tout cela est très
dangereux. D'autant, qu'on est souvent à la limite du dérapage. » Ce point
de vue n'est pas partagé par la direction du service. « Dans les espaces
verts, c'était devenu la cour des miracles, soutient Robert Bauverie.
Certains squares étaient occupés par des jeunes qui faisaient régner la
terreur. Nous sommes là pour assurer la protection des Parisiens. »
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