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Assises de Lyon. Le policier Carvalho comparaît deux ans après le drame.
Pourquoi le policier a-t-il procédé à un interrogatoire avec un fusil
chargé à sa portée ? Pourquoi a-t-il menacé Fabrice Fernandez de son arme
avant de faire feu : autant de questions auxquelles les jurés auront à
répondre.
Fabrice Fernandez aurait eu vingt-six ans. Peut-être habiterait-il toujours
auprès des siens, à la Duchère, un quartier situé au nord-ouest de Lyon.
Peut-être aurait-il enfin trouvé un emploi stable, comme il le souhaitait.
Peut-être préparerait-il, avec sa compagne, le Noël de leurs cinq enfants.
Il y a deux ans, le 18 décembre 1997, ce jeune papa est mort. Une balle
de fusil à pompe, reçue presque à bout portant en pleine mâchoire, l'a
tué net. La scène se passait dans le commissariat du 9e arrondissement
de Lyon. Son meurtrier, aujourd'hui sous les verrous, était un policier.
Il devra s'expliquer, à partir d'aujourd'hui et jusqu'à vendredi, devant
les jurés de la cour d'assises du Rhône. Poursuivi pour " homicide volontaire
", l'ex-gardien de la paix Jean Carvalho encourt trente ans de prison.
Manipulation malheureuse ou vraie volonté de tuer ? Le 18 décembre 1997,
tout commence le plus banalement du monde. · 21 heures, un équipage de
la brigade anti-criminalité (BAC) de la police de Lyon se rend à la Duchère,
un quartier pauvre mais sans histoires, à la demande d'un riverain qui
vient de se faire dérober son chien. Sur les indications de ce dernier,
les fonctionnaires se dirigent au pied d'un immeuble. Là, un groupe de
trois personnes, en train de manipuler un fusil à pompe, attire leur attention.
Les policiers interviennent, s'emparent du fusil, et tentent de les embarquer.
Le ton monte.
Dans cette cité, le moindre bruit résonne. Fabrice Fernandez interrompt
la partie de cartes qu'il dispute en famille. Apercevant ses deux demi-frères,
en bas, aux prises avec les policiers, il descend. Ameute des voisins.
Tente de s'interposer. Un attroupement se forme. Les policiers, craignant
un débordement, appellent du renfort. Un équipage de trois îlotiers, parmi
lesquels Jean Carvalho, vient leur prêter main-forte. Fabrice est finalement
interpellé avec ses deux demi-frères. Embarqué lui aussi. Les véhicules
de police disparaissent, dans la nuit, sous les jets de pierre. Chacun
remonte chez soi.
Fabrice n'est pas un habitué des gardes à vue. Police et justice ne le
connaissent guère. Il a un peu bu, ce soir-là. Rien de bien grave, de
quoi afficher 0,45 g/l dans le sang. Assez, cependant, pour tenter de
tenir tête à des policiers quelque peu vexés. Dans le commissariat, il
est séparé de ses deux demi-frères. Placé dans le bureau du chef de poste,
il est assis, menotté les mains derrière le dos. Il tempête. S'énerve.
Insulte les fonctionnaires. En face de lui, Jean Carvalho. Sur un bureau,
non loin, le fusil à pompe. L'arme, contrairement au règlement, n'a pas
été neutralisée. Jean Carvalho s'en empare, menace le jeune homme, hurle
à son tour. Le canon est à quelques centimètres du visage de Fabrice.
Un coup part. En un éclair, Fabrice Fernandez n'est plus.
Jean Carvalho était-il un policier comme un autre ? Né en 1957 au Portugal,
il avait passé le concours de gardien de la paix en 1982. Sa carrière
est alors ordinaire. Muté à Lyon en 1986, il rêve de devenir motard. Trois
ans plus tard, c'est chose faite. Mais la roue tourne. " Sa personnalité
est marquée par une grande fragilité narcissique qu'il a tenté de compenser
tant par des conduites de risque que par une hyperactivité ", disent de
lui les experts. En 1992, il écope d'une brève suspension pour faux et
usage de faux. En 1993, il passe en conseil de discipline pour " insubordination
" et reçoit un blâme. Deux ans plus tard, nouveau conseil de discipline.
Cette fois, on lui reproche d'avoir fait circuler une photocopie couleur
de sa carte de police. Contre toute logique, il n'est pas révoqué. Condamné
à une peine de jours-amende, il doit simplement quitter la compagnie des
motocyclistes. Quelques jours après le drame, le ministre de l'Intérieur
Jean-Pierre Chevènement reconnaissait lui-même que le policier avait été
" insuffisamment sanctionné ".
· la Duchère, l'annonce de la mort de Fabrice Fernandez provoque immédiatement
une explosion. Fous de colère, des dizaines de jeunes enflamment des véhicules.
Le quartier, en ébullition, est placé sous haute surveillance et quadrillé.
Le nouveau gouvernement essuie là sa première véritable émeute urbaine.
Il faudra l'appel au calme de la famille pour que la vie reprenne son
cours. Sans Fabrice... Devant les jurés, sans doute son meurtrier tentera-t-il
d'expliquer que " le coup est parti tout seul ", ce qui lui avait valu,
dans un premier temps, d'être simplement poursuivi pour " violences volontaires
avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ". Sans doute
des experts viendront-ils expliquer, au contraire, qu'il faut fortement
actionner la détente pour actionner un fusil à pompe. Sans doute, au-delà
de la douleur des proches de Fabrice, un quartier tout entier retiendra-t-il
son souffle.
Elisabeth Fleury
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