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«PERSONNE NE PARLE. Une chape de plomb est tombée sur le village, se
désole une commerçante de Lagor (Pyrénées-Atlantiques). Un tel drame pour
rien du tout. C'est une horreur ! » Dans une bourgade de 1 300 habitants
où tout le monde se connaît, le suicide d'un gamin de 13 ans ne peut laisser
indifférent. Michaël s'est pendu le 5 novembre dans la grange de ses parents,
quelques heures après être sorti de la gendarmerie de Lagor. Les faits
qui lui avaient valu cette convocation remontent au 26 septembre. Un dimanche
de fête, dans ce village rural situé à 20 km de Pau. Sur la place, Michaël
et son meilleur ami, Bastien, s'intéressent de trop près à une voiture.
Selon eux, elle les gênait pour faire du skateboard. Ils auraient ouvert
la porte, non verrouillée, pour desserrer le frein à main. Ils reconnaîtront
plus tard « avoir voulu regarder la marque de l'autoradio ». Le lendemain,
la propriétaire dépose plainte pour « tentative de vol » de son autoradio.
Les gendarmes n'ont aucun mal à identifier les deux ados qui sont convoqués
à tour de rôle, avec leurs parents. Michaël une première fois, puis Bastien,
le jour même de son treizième anniversaire, et Michaël à nouveau, avec
son père, le 5 novembre. Entre-temps, la plainte pour vol a été retirée
et le parquet a déjà décidé de classer l'affaire, mais les gendarmes tiennent
à faire un dernier rappel à la loi et procèdent à une prise d'empreintes
et de photos anthropométriques, dans la cour de la brigade, des deux gosses,
qui n'ont jamais eu le moindre problème jusque-là.
Les enfants sont persuadés « qu'ils seront surveillés
et suspectés au moindre problème dans le village »
Les gendarmes, dans leur attitude, les termes employés, ont-ils été trop
sévères ? Selon l'avocat de la mère de Bastien, Me Jean-François Blanco,
les enfants, une fois fichés, sont persuadés « qu'ils seront surveillés
et suspectés au moindre problème dans le village ». Il vient de s'adresser
à Elisabeth Guigou, la garde des Sceaux, après avoir déposé plainte pour
« atteinte à la liberté individuelle par une personne dépositaire de l'autorité
publique », « abus d'autorité » et « mise en danger d'autrui ». « C'était
un interrogatoire comme pour un adulte », proteste Guillaine Rodriguez,
la mère de Bastien. « On vit dans un village tranquille. Tellement tranquille
qu'ils envisageaient de fermer la brigade de gendarmerie. C'est pour cette
raison, parce qu'ils n'ont pas assez d'affaires à traiter, que les gendarmes
ont fait tout ça ! » Les parents de Michaël, eux, restent murés dans le
silence, accablés de douleur. Conscient du caractère douloureux de la
situation, le procureur de Pau s'apprête à recevoir les deux familles.
Un garçon de 11 ans a été condamné hier par un tribunal de Liverpool (Angleterre)
à une peine de deux ans et demi de prison pour un vol à la tire sur une
vieille dame de 85 ans qui avait eu le bras cassé lors de l'agression.
Face à la délinquance, l'Angleterre pratique la politique consistant à
tout sanctionner sévèrement, même pour un mineur.
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