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Pour un peu, on se serait demandé : "Mais que fait la police ?" Des journaux
qui ne respectent rien ont publié, ces dernières semaines, des informations
intéressantes, exactes et exclusives. En jargon de métier, on dit des
"scoops". Dans certaines contrées, cela peut même valoir aux journalistes
des prix et des récompenses. A Paris, deux confrères ont reçu la visite
de flics ou assimilés. L'un, Hubert Levet, a été gardé à vue, puis mis
en examen et placé sous contrôle judiciaire. On lui reproche une "divulgation
d'informations financières confidentielles". Bref, d'avoir bien travaillé,
et un peu avant les autres. Le petit voyou !
Hubert Levet est journaliste pigiste au quotidien "Agefi" (Agence d'informations
économiques et financières), pour lequel il suit les questions aéronautiques.
Le 20 septembre dernier, il publie, avec quarante-huit heures d'avance,
les comptes semestriels du groupe Aerospatiale-Matra. Les résultats sont
mauvais, et le titre est fortement chahuté en Bourse : - 15 % en deux
jours.
Le 14 décembre, des policiers sont venus chercher le journaliste. Interrogatoire,
perquisition dans les locaux de l'"Agefi", et aussi chez ses possibles
informateurs : des membres du conseil de surveillance du groupe qui avaient
eu communication des comptes. Mais pas tous : seuls les représentants
CGT sont inquiétés. Les policiers savent trier les suspects.
Reproche-t-on au confrère d'avoir utilisé son information exclusive pour
spéculer ? Pas le moins du monde. Justement, cet abruti l'a publiée aussitôt,
comme le vulgaire journaliste qu'il est. Ce qui est le contraire de l'attitude
d'un "initié". Peu importe, Hubert Levet a été mis en examen, avec interdiction
de communiquer avec la presse. Pratique, pour bosser. Surtout quand on
est pigiste. Ça lui apprendra à avoir des informations.
Au "Figaro", c'est une consoeur, Nazarine Ravaï, qui a eu la mauvaise
idée de révéler qu'un rapprochement était dans l'air entre Carrefour et
Promodès. Là encore, elle était la première à l'écrire. Elle aurait mieux
fait de radoter et de répéter de vieilles histoires déjà publiées : le
16 décembre, notre consoeur a été convoquée par des agents de la Commission
des opérations de Bourse (COB), qui se prennent pour de vrais flics. Ils
l'ont traitée comme une délinquante. Ils voulaient savoir qui l'avait
informée. Et, pour la faire plier, ils s'étaient procuré la liste de ses
appels téléphoniques. De quel droit ?
C'est la question que leur a posée le patron du "Figaro", quand ces mêmes
cow-boys se sont pointés au siège du quotidien pour "exiger" la remise
de l'agenda et du carnet d'adresses de la journaliste. Les agents de la
COB sont repartis bredouilles, et un peu moins flambards.
Dans cette histoire, comme dans celle de l'"Agefi", aucune faute n'est
reprochée à la journaliste. Mais, apparemment, ni la police ni le "gendarme
de la Bourse" n'ont entendu parler de la protection des sources, ni du
principe constitutionnel qui fonde la liberté de la presse, ni de la Convention
européenne des droits de l'homme, qui la protège, et autres bricoles juridiques
du même ordre, qui n'intéressent personne. Sauf les syndicats de journalistes
et Bernard Thibault, patron de la CGT, qui a saisi Jospin. Sauf erreur,
pas un homme politique, pas un membre du gouvernement n'a fait connaître
son sentiment sur ces jolies bavures. Ils croient peut-être que cela se
passe en Turquie...
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