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Avec sa peau noire, Théodose G., 28 ans, qui n'a jamais eu de démêlés
avec la justice, s'est habitué aux contrôles d'identité. Mais le 10 mars
à 18 h 15, au retour de son travail de postier chez sa grand-tante de
90 ans à Antony (Hauts-de-Seine), le composteur de sortie de la gare des
Baconnets ne fonctionne pas. Une «dame blanche» passe dessous. Théodose
l'imite. Deux policiers l'apostrophent: «C'est un contrôle d'identité,
pas de la RATP.» Tranquille, «trop relax peut-être», Théodose s'exécute:
«J'ai tout sorti de mes poches et vidé mon sac. Le chef a examiné mes
papiers et m'a palpé. J'ai repris mes affaires, tout rangé, prêt à partir.
Mais le même policier, ironique, m'a demandé de ressortir mes affaires.»
Le garçon de Cayenne: «J'ai déjà tout montré, j'ai rien de dangereux.»
Le policier: «Sinon, vous allez au poste.» Théodose: «Dans ce cas, on
y va, je n'ai rien à me reprocher.»
Les policiers le conduisent à l'extérieur, lui ouvrent la portière du
véhicule. «Je monte, je m'assieds. Le chef me dit: "Ressortez", et je
le vois prendre des menottes.» Théodose se rebiffe: «Je ne veux pas, je
suis coopératif avec vous et...» Les deux policiers l'attrapent. Il résiste.
Ils le menottent dans le dos, «serré». «Un spectacle. Y avait plein de
monde autour. Ils m'ont jeté par terre dans la voiture. Assis à l'arrière,
le chef a appuyé son pied sur mon cou, l'autre m'a tenu les jambes.»
A 19 heures, Théodose se retrouve en cellule au commissariat d'Antony.
A la fouille, un policier lance: «Cet abruti-là travaille à la Poste.»
Un médecin prescrit des calmants: «Je ne peux rien pour vous, ça doit
être une histoire de tête.» Théodose refuse de signer les dépositions
des policiers qui l'accusent d'avoir «refusé le contrôle, cassé un carreau
de leur voiture et donné des coups de pied». Théodose a passé vingt heures
en garde à vue, et doit répondre au tribunal de Nanterre de «résistance
avec violences» à des policiers et «dégradation volontaire». Il a eu dix
jours d'arrêt de travail pour une raideur cervicale, des traces aux poignets
et un hématome au bras. Me Alex Ursulet a demandé des comptes au directeur
général de la police. Selon ce dernier, un gardien a été «blessé» (huit
jours d'arrêt de travail) par Théodose, qui a «justifié son action par
la nature, estimée arbitraire, de ce contrôle».
Théodose vient de déposer plainte avec constitution de partie civile
à Nanterre contre les deux policiers, pour «abus d'autorité», «coups et
blessures» et «discrimination».
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