|
'Lors d'une banale procédure de saisie-vente en mon absence, un huissier,
accompagné d'un serrurier et d'un officier de police judiciaire (comme
la procédure l'oblige), est venu faire l'inventaire de ce qui était "vendable"
à mon domicile. Jusque-là, rien de particulier. Depuis dix ans, j'ai l'habitude
des visites régulières des officiers ministériels. Je trouve donc un procès-verbal
de saisie-vente sur la table de mon salon, accompagné, à ma grande surprise,
d'un formulaire de convocation de la gendarmerie nationale me demandant
de rappeler (sans faute) la brigade de recherche de ma circonscription...
Ce matin, je m'exécute dès 9 heures et j'ai au bout du fil l'inspecteur
de police judiciaire qui est venu avec l'huissier pour une interrogation
en règle. Objet : la nature de mes pratiques sexuelles.
Ce dernier m'explique qu'il a vu dans ma chambre une structure suspecte
et révélatrice d'une sexualité "non conforme" en la matière : des poutres
avec anneaux, chaînes, sling et divers accessoires que l'on trouve généralement
dans les parties "hard".Je suis interloqué.
L'inspecteur n'hésite pas à me signaler qu'il trouve curieux qu'une telle
installation puisse se trouver dans un petit village de 400 habitants
et que, bien sûr, s'il y avait une histoire de moeurs particulières dans
ma région, je serais en bonne place sur la liste des suspects. Pour reprendre
son expression, il me garde "dans un coin de sa mémoire", me prévient-il.
Je lui réponds : "Monsieur l'inspecteur de police judiciaire, je ne pratique
pas ce genre de sexualité avec des gamins et des gamines, encore moins
avec des jeunes majeurs, mais avec des adultes parfaitement informés et
consentants" Silence. Reprise de l'inspecteur : "j'ai vu aussi que vous
aviez un ordinateur, êtes-vous relié à l'Internet, pouvez-vous me donner
vos e-mails et votre numéro de téléphone ?"
Depuis aujourd'hui, je suis donc sur la liste des premiers suspects si
par malheur un gamin ou une gamine se fait violer dans ma région. Je n'ai
rigoureusement rien à me reprocher sur mes moeurs, je vis la sexualité
qui m'intéresse sans avoir de comptes à rendre à personnes. Voici comment,
en France, pays des droits de l'Homme, en partant d'une simple affaire
fiscale on peut se retrouver dans le "coin d'une mémoire" d'un inspecteur
de police... Que l'on vienne s'occuper de mon argent parce que j'en dois
aux impôts, d'accord, mais qu'on en profite pour s'occuper des mes pratiques
sexuelles, alors là, non !
Si je reste dans la mémoire de cet inspecteur de police, qu'il soit sûr
que ses abus, violation de vie privées et son homophobie resteront dans
la mienne'
|