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Charlie Hebdo - 1 septembre

'Lors d'une banale procédure de saisie-vente en mon absence, un huissier, accompagné d'un serrurier et d'un officier de police judiciaire (comme la procédure l'oblige), est venu faire l'inventaire de ce qui était "vendable" à mon domicile. Jusque-là, rien de particulier. Depuis dix ans, j'ai l'habitude des visites régulières des officiers ministériels. Je trouve donc un procès-verbal de saisie-vente sur la table de mon salon, accompagné, à ma grande surprise, d'un formulaire de convocation de la gendarmerie nationale me demandant de rappeler (sans faute) la brigade de recherche de ma circonscription... Ce matin, je m'exécute dès 9 heures et j'ai au bout du fil l'inspecteur de police judiciaire qui est venu avec l'huissier pour une interrogation en règle. Objet : la nature de mes pratiques sexuelles.

Ce dernier m'explique qu'il a vu dans ma chambre une structure suspecte et révélatrice d'une sexualité "non conforme" en la matière : des poutres avec anneaux, chaînes, sling et divers accessoires que l'on trouve généralement dans les parties "hard".Je suis interloqué.

L'inspecteur n'hésite pas à me signaler qu'il trouve curieux qu'une telle installation puisse se trouver dans un petit village de 400 habitants et que, bien sûr, s'il y avait une histoire de moeurs particulières dans ma région, je serais en bonne place sur la liste des suspects. Pour reprendre son expression, il me garde "dans un coin de sa mémoire", me prévient-il. Je lui réponds : "Monsieur l'inspecteur de police judiciaire, je ne pratique pas ce genre de sexualité avec des gamins et des gamines, encore moins avec des jeunes majeurs, mais avec des adultes parfaitement informés et consentants" Silence. Reprise de l'inspecteur : "j'ai vu aussi que vous aviez un ordinateur, êtes-vous relié à l'Internet, pouvez-vous me donner vos e-mails et votre numéro de téléphone ?"

Depuis aujourd'hui, je suis donc sur la liste des premiers suspects si par malheur un gamin ou une gamine se fait violer dans ma région. Je n'ai rigoureusement rien à me reprocher sur mes moeurs, je vis la sexualité qui m'intéresse sans avoir de comptes à rendre à personnes. Voici comment, en France, pays des droits de l'Homme, en partant d'une simple affaire fiscale on peut se retrouver dans le "coin d'une mémoire" d'un inspecteur de police... Que l'on vienne s'occuper de mon argent parce que j'en dois aux impôts, d'accord, mais qu'on en profite pour s'occuper des mes pratiques sexuelles, alors là, non !

Si je reste dans la mémoire de cet inspecteur de police, qu'il soit sûr que ses abus, violation de vie privées et son homophobie resteront dans la mienne'

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