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C'est l'inquiétante leçon des excès de la manifestation
lycéenne à Paris.
Les lycéens qui défilaient jeudi à Paris se sont retrouvés coincés entre
la violence d'une partie de leurs voisins de défilé, et celle d'une poignée
de policiers. Dans le cortège, il ont eu droit aux vandales - 5 vitrines
et 30 voitures abîmées, selon le bilan de la préfecture de police - et
aux agressions de ceux qui n'étaient venus que pour se ravitailler en
téléphones portables ou en lunettes. A la fin du cortège, ils ont découvert
dans le métro qu'une partie des policiers chargés de les protéger étaient
aussi violents que ces casseurs de boulevards. Dans la station République,
coups et insultes sont tombés sur les adolescents qui s'y aventuraient
malgré leurs survêtements et leurs visages trop mats. Les violences des
adolescents et celles des policiers présentent des similitudes. Même arbitraire
dans le choix des victimes, même apparence de haine, mêmes modes opératoires,
pour ces violences en bande.
Coups de pied.
A République, les exactions des policiers ont commencé vers 16h30. Depuis
un bon moment, les hommes du Service de protection et de sécurité du métro
(SPSM) se partageaient avec les gros bras de la RATP la fouille des adolescents
qui descendaient dans la station. L'objectif: confondre les pilleurs en
retrouvant sur eux le produit de leurs vols. Malheureusement, le dispositif
n'a pas servi à grand-chose. Le bruit a vite couru sur la place de la
République qu'un comité d'accueil attendait dans le métro. Résultat: à
16h30, ceux qui descendent dans la station n'ont - dans les poches tout
au moins - rien à se reprocher. En bas, les agents choisissent les garçons
à fouiller. Plaqués aux murs, les adolescents subissent coups de pied
dans les chevilles pour écarter les jambes, palpations, tutoiement de
rigueur. Pour les uns, la fouille se termine par un «Dégage, rentre chez
toi.» Pour les autres, quelques coups de matraque dans les côtes, des
insultes racistes.
A ce jeu, le premier qui proteste gagne les premiers coups. Un garçon
se débat, deux policiers lui tordent les bras en arrière, pendant qu'un
autre lui met un coup de poing sur la nuque. Les trois hommes l'entraînent
dans un couloir et le balancent à terre d'un balayage aux chevilles -
la technique favorite des agresseurs lors des manifestations. Ils le menottent
mains dans le dos, puis l'un des policiers prend son élan pour lui shooter
dans les côtes. Un collègue donne la réplique.Voyant qu'un journaliste
observe, un troisième policier intervient: «Toi le fouille-merde, tu dégages.»
Devant le refus, il se lâche: «Si tu ne dégages pas, je t'en mets une
dans la gueule.» Puis il se ravise: «Tu serais content hein? Mais moi,
je frappe pas les pédés. Alors tire-toi sale fiotte ou je te colle un
outrage et je t'embarque.» La scène reproduit assez fidèlement ce que
les adolescents racontent depuis des années en banlieue. Les insultes,
les humiliations, puis les procédures pour outrage ou rébellion.
Dans le métro jeudi, devant les témoins qui s'indignaient du spectacle,
les policiers ont justifié leur violence par celle des «casseurs». Comme
les violences urbaines, celles des policiers sont plus rares à Paris.
Elles ne se manifestent publiquement qu'à l'occasion des grands rassemblements.
Mais montrent à quel point fonctionnaires et adolescents sont pris dans
un engrenage violent, jusqu'à livrer des scènes dignes de guerres civiles.
Jeudi, la plus violente s'est produite vers 17h15, lorsqu'une trentaine
de policiers a chargé sur le quai de la ligne 5, direction Bobigny. Devant
une rame de métro bondée, ils ont frappé au hasard, en hurlant. Ils semblaient
avoir perdu tout contrôle. Une véritable scène d'hystérie collective.
Un gamin attrapé dans un wagon a descendu les escaliers sur le dos, traîné
par un policier qui le tenait par un pied. D'autres ont été frappés sans
raison sur le quai. Un agent de maîtrise de la RATP assistait à la scène.
Puis la rame a démarré, et des centaines d'adolescents ont quitté la station,
les mâchoires crispées. Sur le quai, des gamines et des mères de famille
pleuraient de ce qu'elles venaient de voir. Un policier a crié «On a eu
deux collègues de blessés.» Au total, neuf fonctionnaires ont été touchés
à Paris, et 42 personnes interpellées. Selon la préfecture, les policiers
sont intervenus «fermement» à République pour protéger des CRS menacés
par des «éléments violents».
Amalgames.
Un peu plus tard, à une adolescente qui lui reprochait de sentir l'alcool,
un policier en veste de cuir, casquette bleue vissée à l'envers sur la
tête, a répliqué en hurlant: «Maintenant tu te casses, connasse. Tu retournes
à ta petite manifestation de merde et tu nous laisses faire le ménage.
Si on était pas là, ils te violeraient dans le couloir.» Son «ils» résumait
tous les amalgames. Et l'engrenage dans lequel semblent pris adolescents
des cités et fonctionnaires de police.
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