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Condamnée par la Cour européenne, elle ignore la sanction.
La France fait assez peu de cas des décisions de la Cour européenne des
droits de l'homme. Le 28 juillet dernier, elle se faisait condamner pour
«torture» dans l'affaire Selmouni, un trafiquant de drogue qui avait porté
plainte après une garde à vue plus que musclée en 1991 (Libération du
29 juillet 1999). Avec la Turquie, la France partageait donc le triste
privilège de se voir condamner pour torture et devait verser 500 000 francs
de «dommages matériels et moraux» à Ahmed Selmouni avant le 27 octobre
1999.
Au 11 novembre, Me Marie-Alix Canu-Bernard, avocate de la victime, n'a
toujours rien reçu. Depuis le 27 octobre, la somme due grossit donc des
intérêts, certes modestes (3,47 %), aux frais du contribuable. Mais, surtout,
l'attitude de la France démontre sa réticence à reconnaître ses errements
en matière de violation des droits de l'homme.
«La décision de payer est prise, et l'ordonnancement effectué. La somme
parviendra à Ahmed Selmouni avec au maximum un mois de retard», explique-t-on
au ministère des Affaires étrangères, maître d'œuvre de l'exécution de
cet arrêt. Après un savant calcul, il a été décidé que les dommages seraient
payés pour un tiers par le ministère de la Justice et pour le solde par
le ministère de l'Intérieur. En revanche, la France ne prévoit pas de
faire la moindre déclaration solennelle, marquant sa volonté d'éviter
ce genre de dérapage à l'avenir.
Contrôle. La Turquie, elle, se montre plus sensible à la remise en cause.
Dans son bulletin d'information, le Comité des ministres du Conseil de
l'Europe, qui contrôle l'exécution des arrêts, a noté «avec satisfaction
que la Turquie a engagé un important processus, incluant notamment des
mesures réglementaires et des mesures de formation, afin de mettre en
œuvre complètement, dans toutes les circonstances, l'interdiction constitutionnelle
et légale de la torture et des mauvais traitements».
Le Comité des ministres doit se réunir à la fin du mois et il se prononcera
sur la manière dont la France a répondu à sa condamnation.
Apparemment, l'affaire ne suscite pas les débats que l'on pourrait attendre.
Dans la Semaine juridique du 3 novembre - publication qui n'a rien d'un
brûlot révolutionnaire -, le professeur Frédéric Sudre lâche un constat
inquiétant, au détour d'un long commentaire sur l'arrêt du 28 juillet:
«Pour exceptionnelle - ce qui témoigne de sa particulière gravité - que
soit cette condamnation, elle ne saurait cependant vraiment surprendre,
s'agissant des pratiques policières françaises.»
Quant aux cinq policiers auteurs des violences sur Selmouni, ils sont
toujours en poste. Leur condamnation, allégée en appel par la cour de
Versailles le 1er juillet, reste pendante devant la Cour de cassation.
L'avocat général de Versailles n'ayant toujours pas rendu son mémoire,
la procédure est bloquée et ne devrait pas aboutir avant un an.
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