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Bavure precedente Un commissariat où l'on se cogne partout Bavure suivante
Le Canard Enchainé - Semaine du 03 Novembre

Trois dérapages policiers en moins de quinze jours au commissariat de Mulhouse, c'est la loi des séries ? A preuve, le préfet et le procureur ont demandé une enquête de l'IGPN, la police des polices, sur les deux premières bavures.

Le soir du 11 septembre, dans le quartier du Brustlein, une prise de bec entre deux enfants tourne à la dispute généralisée entre familles. Ouvrier chez Peugeot depuis trente ans et arbitre de football amateur respecté, Bouchaïd Idrissi, 51 ans, tente de calmer le jeu. Arrive une ronde de police, mais tout se gâte quand surgissent les hommes de la brigade anticriminalité (BAC). Ils matraquent Idrissi, son fils de 20 ans Fakhreddine, qui tente de s'interposer, puis son deuxième fils, Anouar, 17 ans. Enfin, ils les embarquent tous trois, après avoir bousculé la soeur de 26 ans, enceinte.

Au cours de la nuit de garde à vue au commissariat devant lequel se sont massés les voisins en signe de protestation, le père explique avoir perdu connaissance durant plusieurs minutes à la suite de coups portés à la tête. Résultat : hospitalisation, et trois semaines d'arrêt de travail. Faisant état d'injures racistes, et il n'est pas le seul, son fils Fakhreddine s'en sort avec une dent cassée et de multiples contusions.

Version policière : c'est le résultat de la dispute entre les familles, et la foule, les Idrissi en tête, a pris à partie "nos hommes".

Un récit démenti par plus de vingt témoignages écrits recueillis par Me Pawlas, l'avocat de la famille Idrissi. Mais cela n'a pas empêché la police de poursuivre le père et les deux fils pour outrages et rébellion. Comme d'habitude.

Autre exploit des flics de Mulhouse : le 14 septembre, Arnaud Lambinet, 18 ans, chauffeur intérimaire, prend l'air avec son amie, après avoir terminé sa journée. Contrôle de police : son scooter apparaît dans le fichier des véhicules volés, en raison d'une rectification qui n'a pas été faite. Arnaud proteste de sa bonne foi, et propose que les policiers aillent chercher chez lui la facture.

Rien à faire, au poste ! Au cours de sa garde à vue, un adjoint de sécurité, espérant lui faire avouer un vol, le tire au sol par les menottes, et lui casse ainsi le poignet. Chute maladroite, selon des chefs policiers. Laissé sans soins, Arnaud doit attendre sa libération, le soir, pour pouvoir être admis à l'hôpital.

SOS magistrats

Dans cette affaire comme dans la précédente, le parquet a fermement pris les choses en main. Dans le cas de la famille Idrissi, les audiences devant le tribunal ont été renvoyées pour complément d'information. Et, fait exceptionnel, un magistrat a lui-même recueilli la plainte d'Arnaud Lambinet, qui dit avoir eu quelque difficulté à en déposer une au commissariat. Et chacun attend les résultats des enquêtes de la police des polices.

En revanche, le parquet a classé sans suite une autre plainte, celle de Hamid Allag, qui, au cours d'une garde à vue le 23 septembre pour un vol présumé, a eu le front ouvert et six points de suture. D'après le directeur de cabinet du préfet, il aurait voulu profiter du climat instauré par les deux précédentes bavures, et se serait volontairement frappé la tête contre l'arête d'un bureau.

Soyons modestes : à Mulhouse, dans au moins deux cas sur trois, les menottés adorent se cogner partout dans le commissariat...

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