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Molesté et incarcéré, l'agrégé, accusé d'outrage, a
été relaxé.
Les deux versions s'opposaient. D'un côté, celle des trois policiers.
Ils ont été, accusent-ils, «outragés par paroles, gestes, menaces de nature
à porter atteinte à la dignité ou au respect dus à la fonction de policiers
dans l'exercice de leurs fonctions». Face à eux, Hughes Labrusse, 61 ans.
Ce professeur agrégé de philosophie qui s'est retrouvé molesté, menotté,
incarcéré, accusé d'ivresse publique, contestait les faits. Hier, le tribunal
correctionnel de Caen a débouté les policiers, prononcé la relaxe d'Hughes
Labrusse, et entre autres l'illégalité de la détention.
Comment «une conversation tardive, familiale et amicale» peut prendre
tout à coup «l'allure d'une opération de grand banditisme», c'est ce que
se demande encore Hughes Labrusse, honorable membre du Centre régional
des lettres. Ce 4 septembre 1999, il est deux heures du matin passées,
lui, sa femme, enseignante, leurs trois enfants et leurs conjoints finissent
la soirée chez un ami togolais, leurs deux petits-enfants dormant à côté.
«Nous discutions tranquillement de la prérentrée scolaire» affirme l'enseignant
quand retentit la sonnerie de l'appartement. Sur le palier, raconte-t-il,
trois agents de police. «Ils ont indiqué qu'ils avaient été appelés par
des voisins qui se seraient plaints du bruit et ils ont exigé aussitôt
de notre hôte qu'il présente ses papiers d'identité.» Mais tout bascule,
quand le philosophe présente ses titres, s'indigne de la délation des
voisins suivie d'une intervention immédiate de la police et dénonce «un
procédé injustifié et indigne de notre pays».
Insultes. Sa rhétorique a, semble-t-il, été mal comprise des trois
policiers puisqu'ils l'accusent dans leur procès-verbal de les avoir insultés:
«Allez-y foutez moi sur la gueule», «Je vais vous briser», «La France
a une police fasciste qui suit les instructions d'une justice fasciste.»
Selon le professeur, ils l'ont alors empoigné, entraîné sur le palier
puis jeté dans une voiture. Le quiproquo se poursuit: les policiers ont
rapporté qu'Hughes Labrusse les avait bousculés, «les bras tendus en nous
demandant de le menotter et de l'emmener». Conduit au CHU où il subit
un contrôle de la tension artérielle, Hughes Labrusse s'étonnera plus
tard de l'indifférence manifestée par le personnel hospitalier: «De toutes
les façons un individu amené par la police apparaît d'emblée comme un
coupable, de telles circonstances ne peuvent qu'être gravement préjudiciables
aux plus démunis», affirme Hughes Labrusse.
Au commissariat central, on lui retire alliance, ceinture et chaussures
avant de le placer en cellule. Trois heures plus tard, il est interrogé
par un officier de police judiciaire puis replacé en cellule. Huit heures
du matin. Le lieutenant de police obtient du procureur une convocation
en correctionnelle pour le 24 janvier. Il est près de neuf heures, il
peut sortir. Il reçoit aussi une notification par le tribunal de police
d'une amende de 950 francs pour «ivresse publique et manifeste» alors
que, s'étonne-t-il, aucun contrôle d'alcoolémie n'a été effectué. Et,
lors d'une visite médicale, sont relevés une quinzaine d'hématomes, une
impotence fonctionnelle de l'épaule, une cervicalgie et un traumatisme
lié à l'incarcération.
Illégalité. Son avocate Marie-Laure Dufresne Castets a plaidé
l'annulation de la procédure en raison des nombreuses entorses à la légalité,
contraires à la Convention européenne des droits de l'Homme comme au code
de procédure pénale: l'absence de justification de l'intervention initiale
des agents, l'illégalité de l'arrestation faite à 2 heures du matin sans
ordre ni mandat, la détention arbitraire puisqu'il a été placé en cellule,
mais sans respecter la procédure de la garde à vue. Hughes Labrusse a
quant à lui porté plainte avec constitution de partie civile contre les
policiers. L'instruction est en cours. Il assure: «Je suis décidé à porter
témoignage pour tous ceux qui n'en n'ont pas les moyens civils, matériels
ou autres. C'est un événement insignifiant et très ordinaire. Mais cette
banalisation est d'autant plus inquiétante que les conséquences sont démesurées.».
NATALIE CASTETZ
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