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Bavure precedente La police ne veut pas de micro chez elle Bavure suivante
Libération - Samedi 19 février

Les syndicats s'opposent à l'enregistrement sonore des gardes à vue.

C'est l'ébullition dans les commissariats. Depuis que les députés se sont prononcés pour un enregistrement sonore de gardes à vue, le 10 février. La disposition a été introduite via un amendement au projet de loi sur la présomption d'innocence. Les syndicats de police qui regrettent de n'avoir pas été consultés par la commission des lois, ont été pris de court. Depuis, ils multiplient les lettres ouvertes au ministre de l'Intérieur, courriers et demandes d'audiences aux députés et sénateurs... Ils y disent tout le mal qu'ils pensent de cette mesure, dont l'objectif affiché est de lever les soupçons sur les conditions de garde à vue (interrogatoires musclés, aveux extorqués...).

Cet enregistrement sous-entend qu'il se passe des choses inavouables durant les gardes à vue, s'énervent les syndicats. "Ces soupçons sont infondés: aucun policier ne prendra le risque de mettre en danger sa carrière en utilisant la violence en garde à vue" affirme Jean-Paul Nury, secrétaire national du syndicat d'officiers Synergie. "S'il s'agit de surveiller le travail des policiers, il faut aller jusqu'au bout et les filmer. Que se passera-t-il si un mis en cause se met à crier sans qu'on le touche?", interroge Jean-Michel Toullec, secrétaire général adjoint du syndicat national des officiers de police (SNOP).

Autre question: ces bandes pourront-elles être utilisées comme des pièces de procédures, susceptibles d'empêcher un suspect de se rétracter? On introduirait alors de l'oral dans une procédure jusqu'alors écrite, commentent les syndicats. "Ce changement peut avoir des conséquences inattendues, comme de rendre à l'aveu son statut de reine des preuves, alors qu'on voulait sortir de ça, explique André-Michel Ventre, secrétaire général adjoint du syndicat de commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale (SCHFPN). La police moderne est basée sur l'apport de preuves matérielles et objectives. Et les moyens de la police scientifique ouvrent des perspectives fabuleuses."

"Avec 400 000 gardes à vue par an, cette mesure suppose un million d'enregistrements", relève Jean-Paul Nury. Les moyens qu'elle suppose la rendent inapplicable, tranche-t-il. "Il faut des équipements fiables et infalsifiables: un micro au plafond et une installation centralisée comme aux Etats-Unis", selon André-Michel Ventre. Plus généralement, il estime que les modifications successives apportées à la procédure pénale, en font un système "hybride et déséquilibré" d'une très grande lourdeur.

JACQUELINE COIGNARD

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