|
YACINE NE FÊTERA PAS ses 28 ans avec ses collègues au commissariat
du XXe arrondissement. Les policiers voudraient-ils encore trinquer
avec lui ? Recruté il y a environ un an en tant qu'adjoint de sécurité
(ADS), ce jeune îlotier se trouve aujourd'hui impliqué dans un trafic
de stupéfiants. Soupçonné d'avoir servi de chauffeur à un revendeur
de drogue, cet ADS a été mis en examen et placé en détention provisoire
à la Santé. Les enquêteurs ont découvert avec surprise que Yacine
avait déjà été mêlé à une histoire de cannabis au début des années
90. A l'époque, Yacine portait un autre prénom et revendiquait une
autre date de naissance. Il a ainsi pu postuler pour un emploi jeune
dans la police en présentant un passé judiciaire sans accroc. Les
ennuis de cet îlotier découlent d'un flagrant délit opéré par la
police urbaine de proximité (PUP), le 6 mars, dans le XVIIe arrondissement,
près du métro Villiers. Les fonctionnaires avaient surpris deux
hommes en transaction. Un kilo de cannabis contre 8 000 F. Les perquisitions
effectuées à leurs domiciles se sont révélées payantes : 6 kg de
cannabis, 6 de pollen (du haschisch de très bonne qualité), 500
g de cocaïne, 20 g d'héroïne.
Déjà impliqué dans une affaire de stupéfiants
La PUP a levé un beau lièvre. La brigade des stups de la PJ a repris
le flambeau et s'est présentée le lendemain au domicile de Yacine,
à Charenton (Val-de-Marne). Les policiers ne trouvent que quelques
grammes de cannabis, mais l'ADS est interpellé. Il aurait déposé
le dealer à son rendez-vous du 6 mars. La voiture a été louée à
son nom... A ce stade de l'enquête, le jeune îlotier semble avoir
tenu un rôle secondaire dans ce trafic de drogue. Mais l'instruction
du juge ne fait que commencer. Il sait désormais que l'ADS a déjà
été impliqué dans une affaire de stupéfiants, en 1992, sous un alias.
" A partir du moment où l'on rentre dans la police, il faut choisir
son camp ", sermonne un gardien de la paix. La mise en cause de
l'îlotier relance le débat sur les critères de sélection des emplois
jeunes dans la police. La préfecture de police est confrontée à
un double problème : les candidats ne se bousculent pas au portillon
(Paris compterait un millier d'ADS contre 2 000 espérés) et la sélection
est de plus en plus stricte. Selon nos informations, une soixantaine
d'ADS auraient été licenciés à Paris, pour vols, infractions sur
les stupéfiants ou simples abandons de postes. " La préfecture a
instauré un écrémage, reconnaît le syndicat SGP-FO. Mais les RG
n'ont pas toujours les moyens de faire des enquêtes complètes. "
Le syndicat Alliance confirme : " Souvent, le passé de mineurs délinquants
n'apparaît plus sur le casier des candidats. " Au-delà du recrutement,
les syndicats exigent de meilleures perspectives pour les ADS. "
La majorité d'entre eux feront de bons policiers. On leur propose
un contrat de 5 ans à 4 500 F par mois. Et après ? " ajoute le SGP-FO.
Geoffroy Tomasovitch
|