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Lors d'un rodéo à Mantes-la-Jolie, le jeune homme
avait été tué par balle
Cez les Khaïf, une famille algérienne de Mantes-la-Jolie, c'est
un apaisement. Presque neuf ans après la mort de leur fils Youssef,
tué d'une balle dans la nuque, l'auteur du coup de feu mortel, un
policier, Pascal Hiblot, devra être jugé par la cour d'assises des
Yvelines. La chambre d'accusation de la cour d'appel de Versailles
a estimé hier que le policier devait être poursuivi pour "violences
avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner" ou
"coups mortels". Pascal Hiblot, âgé de 41 ans, actuellement en poste
dans un commissariat de la banlieue parisienne, encourt vingt ans
d'emprisonnement criminel.
Son renvoi devant un jury d'assises est une décision logique, après
le complément d'information demandé par la cour de Versailles en
février 1999. Et il est aussi le fruit de la longue bagarre des
avocats de la famille, Alain Mikowski et Olivier Fontibus, sans
lesquels l'affaire n'aurait jamais été jugée. Car cette décision
intervient après des années de procédures engagées par les Khaïf
et systématiquement enterrées par la justice. "Mon client est dépassé
par le dossier, a réagi hier l'avocate du policier, Françoise Berrux;
il a beaucoup de mal à comprendre pourquoi, au moment des faits,
le parquet n'avait pas bougé, pourquoi, après l'action des parties
civiles, le parquet s'est prononcé en faveur d'un non-lieu, pourquoi
le juge d'instruction a ensuite ordonné ce non-lieu et pourquoi,
maintenant, il se retrouve devant une cour d'assises."
Policière renversée. La mort de Youssef Khaïf, à l'âge de
23 ans, était intervenue à l'été 1991, alors que la ZUP de Mantes-la-Jolie
vivait des jours et des nuits d'émeutes après la mort d'un jeune
de 18 ans dans les locaux du commissariat de la ville. L'un des
rodéos, la nuit du samedi 8 au dimanche 9 juin, s'était terminé
tragiquement. A 2 heures du matin, une collègue de Pascal Hiblot,
Marie-Christine Baillet, avait été heurtée par une voiture conduite
par un jeune de la ZUP. Elle est morte le lendemain matin. Quelques
minutes après ce violent accident dont il a été témoin, à 2 h 20,
Pascal Hiblot a tiré sur une autre voiture, celle que conduisait
Youssef. Le policier a atteint le conducteur alors que la voiture
s'éloignait. "A l'époque, il n'y avait plus de loi dans ce quartier,
a-t-il expliqué à son avocate, on se faisait tirer dessus à boulets
rouges, il n'y avait pas beaucoup de monde sur le terrain, on faisait
ce qu'on pouvait. Personne ne s'est ému de ce qui s'est passé."
"Calme et bien noté". De fait, si le responsable de la mort
de Marie-Christine Baillet a été jugé et condamné (dix ans de réclusion
criminelle), le geste de Pascal Hiblot, lui, est resté sans suite.
Il a fallu la plainte avec constitution de partie civile des Khaïf
pour que le policier soit, de manière automatique dans cette procédure,
mis en examen. Mais il n'a jamais été suspendu de ses fonctions.
Pascal Hiblot, marié, père de famille, policier "calme et bien noté",
a poursuivi sa carrière comme si de rien n'était. Le procureur de
Versailles, Yves Colleu, puis le juge d'instruction Jean-Marie Charpier
avaient décidé qu'il n'y avait pas d'affaire: un non-lieu avait
été prononcé en 1998.
La persévérance de la famille pour obtenir que l'on juge les conditions
dans lesquelles leur fils a été tué a fini par payer. Après son
appel de la décision du juge d'instruction, ainsi que l'appel du
parquet général, le non-lieu est infirmé en 1999. Pour finir, donc,
hier par un renvoi devant les jurés. "C'est un désaveu pour le juge
d'instruction et le procureur", s'est félicité Alain Mikowski, qui
"pense surtout à la famille Khaïf". Si Pascal Hiblot ne se pourvoit
pas en cassation - il a cinq jours pour le faire -, il pourrait
être jugé dans un délai d'environ un an.
A l'origine de toute l'histoire, il y avait l'émotion soulevée
à Mantes-la-Jolie par la mort d'Aïssa Ihich, 18 ans, affaire qui
n'a pas encore trouvé d'épilogue judiciaire. Le jeune homme avait
succombé à une crise d'asthme aiguë alors qu'il était en garde à
vue dans une cellule du commissariat de Mantes. Trois policiers
avaient refusé de lui transmettre son médicament apporté par sa
famille, et un médecin avait estimé son état compatible avec une
garde à vue. Ce n'est qu'en juin 1999, et après de longues procédures,
que la justice a estimé qu'il fallait les renvoyer devant un tribunal.
Où ils n'ont toujours pas été jugés
BRIGITTE VITAL-DURAND
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