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«PLUS ON CREUSE et plus ça sent mauvais. » Cette remarque assassine,
entendue hier dans les couloirs de la Cour des comptes, contraste avec
les ambitions de Jean-Pierre Chevènement en matière de police de proximité.
Le rapport des sages de la rue Cambon sur la fonction publique d'Etat,
rendu public lundi, dénonce avec une sévérité sans précédent la gestion
des personnels du ministère de l'Intérieur. La police nationale y apparaît
comme une sorte de « mammouth bis », géré en dépit du bon sens et handicapé
par les reculades de l'administration face à des syndicats tout-puissants.
Premier problème : l'affectation des policiers à des missions administratives,
comme le secrétariat. Entre 10 000 et 25 000 fonctionnaires « actifs »
seraient dans ce cas, sur un total de 117 000, alors que leur coût est
de 50 % supérieur à celui des agents administratifs de la police. « Le
flou le plus grand, notent les magistrats, pèse sur la connaissance des
effectifs de policiers actifs réellement disponibles. » Ils estiment qu'une
clarification entre les statuts des personnels et leurs métiers « permettrait,
selon les hypothèses, une économie de 780 millions à 1,58 milliard de
francs » par an. Et que le ministère se prive ainsi de « marges de manoeuvre
considérables », ce malgré l'embauche d'un millier d'agents administratifs
depuis 1995 et l'arrivée massive des adjoints de sécurité (ADS).
Une mauvaise répartition des effectifs
Résultat : le nombre de policiers titulaires affectés à la sécurité publique,
et donc présents sur le terrain, n'a progressé que de 0,1 % entre 1993
et 1997 avec des disparités géographiques difficilement justifiables.
Pour exemple, le Lot bénéficie de 1 policier pour 354 habitants contre
418 pour la Seine-et-Marne, où le niveau de délinquance est pourtant deux
à trois fois plus élevé. En résumé, cette « situation gravement insatisfaisante
ne permet pas l'emploi optimum de la ressource humaine coûteuse que représentent
les forces de police ». S'agissant du temps de travail, la Cour des comptes
le situe en moyenne entre 33 et 37 heures hebdomadaires, soit 27 à 29
heures effectives, déduction faites des récupérations. Jugeant « insuffisant
le contrôle du temps de travail », le rapport sous-entend que seule la
mise en place de pointeuses dans les commissariats pourrait remédier à
ces carences. Sans parler des détachements pour raisons syndicales, associatives
ou sportives, ni des régimes horaires qui permettent à certains fonctionnaires
de cumuler deux emplois.
Des primes sans justification
Un chapitre à part est consacré à la rémunération des policiers. On y
apprend que l'ensemble des primes versées pour raisons diverses peut représenter
jusqu'à 69 % du traitement d'un commissaire. Des primes souvent versées
selon les affectations géographiques, comme en région parisienne, mais,
soulignent les sages, « sans exigence de la justification du service fait
». A leurs yeux, il semble anormal qu'un policier travaillant dans une
cité sensible touche autant que son collègue qui ne quitte jamais son
bureau. « Pour acheter la paix sociale, analyse-t-on rue Cambon, sous
couvert d'anonymat, les gouvernements successifs ont arrosé la police
de primes sous la pression syndicale. Au lieu de donner à ceux qui en
ont vraiment besoin, on étend les primes à ceux qui braillent le plus.
»
Stéphane Bouchet
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