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Le procureur de Lille a retenu l'homicide volontaire
pour le policier qui a tué Ryad samedi.
Plutôt que le terme "bavure", le procureur de la République de
Lille, Claude Mathon, préfère qualifier l'acte du policier de "faits
volontaires". Selon le parquet, l'homicide volontaire ne fait aucun
doute: "Les circonstances et les constatations nous ont incités
à retenir cette qualification qui semble caractériser le mieux les
faits." Le gardien de la paix a "tiré dans la nuque, de relativement
près compte tenu du contexte des lieux. Quand on tire dans ces conditions-là,
on peut avoir une intention homicide. Je crois savoir que la tête
est un organe vital". A propos de la qualification d'homicide volontaire
- rarissime pour un policier -, le procureur affirme: "Ce n'est
pas parce que les gens sont policiers que l'on retient une qualification
différente."
Vol de voiture. L'autopsie pratiquée avant la fin de la semaine,
puis les résultats des expertises balistiques, devraient confirmer
cette thèse d'un dossier qui s'éclaircit. Dimanche 0 h 27, un passant
appelle la police pour signaler un vol de voiture. Une brigade canine,
rentrant à sa base pour permettre aux chiens de se reposer une heure
comme l'oblige la loi, est détournée vers la rue Balzac. A leur
arrivée, les deux fonctionnaires se placent de chaque côté des portières
avant de l'Opel Corsa que les voleurs tentent de faire démarrer
sans clé. Le temps est froid. De la buée envahit les carreaux. Le
policier incriminé, Stéphane A., 27 ans, dit "percevoir un geste
susceptible de le menacer", tire et blesse mortellement d'une balle
dans la nuque Ryad. Le compagnon de la victime, Farid, 21 ans, connu
des services de police, est interpellé sans difficulté. Extrêmement
choqué selon ses proches, il a été remis en liberté hier mais n'a
pu se rendre à la marche du recueillement à laquelle ont participé
un bon millier d'habitants du quartier. "Ryad s'apprêtait à boire,
pour aller bouger en boîte après", raconte Mohamed, un de ses copains.
Abdelhak, 34 ans, animateur, ajoute: "Je lui avais parlé dix minutes
avant. Il fêtait son embauche comme emploi-jeune à la communauté
urbaine de Lille. Il avait sorti une bouteille de whisky. Je lui
ai dit de finir sa java et de rentrer chez lui tranquillement, comme
un conseil de grand frère. J'ai été son animateur quand il était
gamin. Que Dieu lui donne la paix." Comme la plupart des jeunes
du quartier, Abdelhak est convaincu que la mort de Ryad est un "meurtre
prémédité. Sinon, comment expliquez-vous la présence de trois compagnies
de CRS dans les cinq minutes qui suivent?" Mohamed soupire: "On
a peur. La police ne nous protège pas, elle respecte pas la loi."
"Martyr." Parti du domicile de Ryad, le cortège s'est ensuite transporté
jusqu'au lieu du drame, où des prières ont été récitées, notamment
par des mères algériennes en pleurs. La tension est toujours très
vive après les affrontements de la nuit de dimanche à lundi au cours
de laquelle plusieurs commissariats ont été endommagés et huit membres
des forces de l'ordre légèrement blessés. "Justice pour Ryad", "Police,
assassin", ont scandé les manifestants. Ils sont allés jusqu'à la
préfecture. C'est faisant face aux CRS que la famille Hamlaoui a
de nouveau lancé un appel au calme. Le père, Bouzid, a invité les
jeunes à "ne pas faire de bêtises", mais c'est surtout sa fille,
poignante, qui a été entendue lorsqu'elle a demandé à tous de se
disperser tranquillement "pour la mémoire de mon frère, qui vous
regarde là-haut". Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille-Sud,
a également demandé le calme aux manifestants. Et aussi réclamé
que justice soit faite. Et, la veille, avait qualifié Ryad de "martyr".
Une délégation municipale, avec à sa tête Martine Aubry, devait
se rendre sur les lieux, mais elle a renoncé après que des proches
eurent refusé "toute récupération politique". "Nous aurions souhaité
être présents. Certains ne voulaient pas voir d'élus, nous avons
laissé la place au recueillement", a regretté la ministre.
OLIVIER HAMOIR ET HAYDÉE SABERAN
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