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Bavure precedente La bavure qualifiée en meurtre
Libération - Mardi 18 avril

Le procureur de Lille a retenu l'homicide volontaire pour le policier qui a tué Ryad samedi.

Plutôt que le terme "bavure", le procureur de la République de Lille, Claude Mathon, préfère qualifier l'acte du policier de "faits volontaires". Selon le parquet, l'homicide volontaire ne fait aucun doute: "Les circonstances et les constatations nous ont incités à retenir cette qualification qui semble caractériser le mieux les faits." Le gardien de la paix a "tiré dans la nuque, de relativement près compte tenu du contexte des lieux. Quand on tire dans ces conditions-là, on peut avoir une intention homicide. Je crois savoir que la tête est un organe vital". A propos de la qualification d'homicide volontaire - rarissime pour un policier -, le procureur affirme: "Ce n'est pas parce que les gens sont policiers que l'on retient une qualification différente."

Vol de voiture. L'autopsie pratiquée avant la fin de la semaine, puis les résultats des expertises balistiques, devraient confirmer cette thèse d'un dossier qui s'éclaircit. Dimanche 0 h 27, un passant appelle la police pour signaler un vol de voiture. Une brigade canine, rentrant à sa base pour permettre aux chiens de se reposer une heure comme l'oblige la loi, est détournée vers la rue Balzac. A leur arrivée, les deux fonctionnaires se placent de chaque côté des portières avant de l'Opel Corsa que les voleurs tentent de faire démarrer sans clé. Le temps est froid. De la buée envahit les carreaux. Le policier incriminé, Stéphane A., 27 ans, dit "percevoir un geste susceptible de le menacer", tire et blesse mortellement d'une balle dans la nuque Ryad. Le compagnon de la victime, Farid, 21 ans, connu des services de police, est interpellé sans difficulté. Extrêmement choqué selon ses proches, il a été remis en liberté hier mais n'a pu se rendre à la marche du recueillement à laquelle ont participé un bon millier d'habitants du quartier. "Ryad s'apprêtait à boire, pour aller bouger en boîte après", raconte Mohamed, un de ses copains. Abdelhak, 34 ans, animateur, ajoute: "Je lui avais parlé dix minutes avant. Il fêtait son embauche comme emploi-jeune à la communauté urbaine de Lille. Il avait sorti une bouteille de whisky. Je lui ai dit de finir sa java et de rentrer chez lui tranquillement, comme un conseil de grand frère. J'ai été son animateur quand il était gamin. Que Dieu lui donne la paix." Comme la plupart des jeunes du quartier, Abdelhak est convaincu que la mort de Ryad est un "meurtre prémédité. Sinon, comment expliquez-vous la présence de trois compagnies de CRS dans les cinq minutes qui suivent?" Mohamed soupire: "On a peur. La police ne nous protège pas, elle respecte pas la loi."

"Martyr." Parti du domicile de Ryad, le cortège s'est ensuite transporté jusqu'au lieu du drame, où des prières ont été récitées, notamment par des mères algériennes en pleurs. La tension est toujours très vive après les affrontements de la nuit de dimanche à lundi au cours de laquelle plusieurs commissariats ont été endommagés et huit membres des forces de l'ordre légèrement blessés. "Justice pour Ryad", "Police, assassin", ont scandé les manifestants. Ils sont allés jusqu'à la préfecture. C'est faisant face aux CRS que la famille Hamlaoui a de nouveau lancé un appel au calme. Le père, Bouzid, a invité les jeunes à "ne pas faire de bêtises", mais c'est surtout sa fille, poignante, qui a été entendue lorsqu'elle a demandé à tous de se disperser tranquillement "pour la mémoire de mon frère, qui vous regarde là-haut". Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille-Sud, a également demandé le calme aux manifestants. Et aussi réclamé que justice soit faite. Et, la veille, avait qualifié Ryad de "martyr". Une délégation municipale, avec à sa tête Martine Aubry, devait se rendre sur les lieux, mais elle a renoncé après que des proches eurent refusé "toute récupération politique". "Nous aurions souhaité être présents. Certains ne voulaient pas voir d'élus, nous avons laissé la place au recueillement", a regretté la ministre.

OLIVIER HAMOIR ET HAYDÉE SABERAN

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