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"S'IL AVAIT été blanc avec un costume-cravate, est-ce que le comportement
des policiers aurait été identique ? " En une phrase, Me Florent
Schulz, l'avocat de la veuve de la victime, a résumé toute l'interrogation
du procès des cinq policiers qui comparaissaient hier devant le
tribunal correctionnel de Lille pour homicide involontaire et non-assistance
à personne en danger. Ces cinq fonctionnaires du commissariat de
police de Tourcoing étaient poursuivis suite au décès, le 6 novembre
1998, de Sydney Manoka Nzeza, 27 ans. Ce jeune homme d'origine zaïroise,
marié et père de famille, circulait à rollers dans les rues de Mouvaux
quand il a eu une petite altercation avec un automobiliste qui lui
réclamait de céder le passage. A la suite d'un échange aigre-doux,
Sydney Manoka s'en va en donnant un coup dans le rétroviseur de
l'automobiliste. Dans le même temps, l'hôtel de police de Tourcoing
reçoit un coup de fil affolé d'une riveraine : " Venez vite, un
de vos collègues a des difficultés ", explique la dame qui connaît
le conducteur de la voiture, qui est en fait un policier à la retraite.
Il ne cherche pas à fuir
Deux gardiens de la paix, dont un adjoint de sécurité, vont rapidement
retrouver la trace du jeune homme. D'ailleurs, celui-ci reconnaît
les faits et ne cherche pas à fuir. Il est même prêt à remplir un
constat amiable. Les policiers veulent alors l'emmener dans leur
voiture, mais Sydney refuse, il veut y aller à rollers. C'est là
que tout dérape. Tandis qu'un fonctionnaire tente de l'obliger à
les suivre, l'autre appelle des renforts. Une première, puis une
seconde équipe de la brigade anticriminalité arrivent très vite
sur les lieux. Le récalcitrant est au sol et les policiers, armés
de tonfas, un bâton d'intervention, le bloquent pour lui passer
les menottes. Sydney ne bouge plus. Les policiers " le jettent,
a dit hier le procureur, comme un paquet de linge sale " dans le
car de police. Le jeune homme est inanimé. Mais ce n'est qu'une
fois au commissariat que d'autres policiers, inquiets de son état,
appelleront les pompiers. Trop tard, Sydney Manoka a succombé à
" un processus asphyxique dû à une contrainte thoracique ". Pour
Me Terquem, représentant de SOS Racisme, et de la mère de la victime,
" il y a eu passage à tabac par des criminels ". Le procureur Jean-Philippe
Joubert a dénoncé les erreurs d'appréciation des différents policiers.
Selon lui, ils ont fait un trop grand usage de la force pour un
événement qui ne le méritait pas, mais il n'a pas retenu lui non
plus de caractère raciste dans ce drame. Il a réclamé douze et dix
mois de prison avec sursis pour ces policiers, jusque-là bien notés.
Le tribunal de Lille rendra son jugement le 5 juillet prochain.
Alain Van Rijsel
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