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"HÉ ! MATE-LE bacman ! " Hier, les gamins de la cité du Pont-de-Sèvres
voyaient un policier de la brigade anticriminalité (la BAC, d'où
le surnom de ses agents) derrière chaque passant. Après les incidents
de la veille, les habitants reprenaient lentement leurs esprits.
Mercredi soir, des interpellations de trafiquants de cannabis, menées
par la BAC départementale, avaient failli virer à l'émeute. Après
le départ des policiers, 70 personnes, jeunes et adultes, s'étaient
massées devant le commissariat de Boulogne pour protester " contre
les méthodes de la police " et réclamer la libération de certains
jeunes. Ils s'étaient dispersés dans le calme peu après. Mais le
souvenir de l'affaire reste douloureux.
" L'intervention a failli ruiner en dix minutes
le travail de plusieurs années "
Les médiateurs de l'association Points d'appui n'en reviennent
toujours pas. " Normalement, ça se passe bien dans cette cité, indique
Brahim. Les problèmes, il n'y en a plus beaucoup. Mais hier, l'intervention
a bien failli ruiner en dix minutes le travail de plusieurs années.
" " S'ils arrêtent ceux qu'ils soupçonnent de dealer, ce n'est pas
un problème, indique un de ses collègues. Il y a deux semaines,
la police a embarqué des jeunes et personne n'a rien dit. Mais cette
fois, ils sont intervenus avec une brutalité disproportionnée, en
tapant sur n'importe qui, comme s'ils avaient un compte à régler.
On entendait des cris dans toute la cité. " C'est ce vacarme qui
aurait provoqué un attroupement. " Les gens sont venus voir ce qui
se passait, reprend une jeune femme. Les parents avaient peur que
leurs enfants soient mêlés à cette histoire. Mais ils se sont heurtés
à des policiers hyperagressifs. Ils ont même tiré avec un pistolet
à balles en plastique en direction d'un père de famille. " Au final,
après l'intervention de renforts de police, neuf jeunes seront interpellés,
et cinq d'entre eux libérés rapidement. " Les associations se sont
mobilisées pour contenir les gens et éviter que ça n'explose, souligne
Abdellah. Heureusement, avec les policiers du commissariat de Boulogne,
on a pu discuter. Là-bas, ils sont réglos. On a bien expliqué aux
gens que ce n'était pas eux qui avaient débarqué comme ça, mais
la BAC départementale. Ça ne sert à rien que les jeunes insultent
les îlotiers ! " Une version qui ne convainc pas loin s'en faut
les policiers. " Les hommes de la BAC sont des spécialistes de
l'interpellation, précise un officier. Leurs méthodes sont peut-être
spectaculaires, mais parfaitement conformes aux textes officiels.
Cela a provoqué un attroupement, ce qui n'est pas surprenant. Nous
sommes souvent confrontés à ce genre de difficultés. D'un point
de vue policier, c'est une situation classique. " Après l'échauffourée,
le Syndicat général de police (SGP) s'interroge : " Qui porte un
trouble à la tranquillité publique, le dealer qui vend la mort ou
le policier qui tente de l'interpeller ? "
Guillaume Doyen
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