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Dans un contexte agité, un jeune du quartier
avait été blessé.
Le 21 décembre 1997 vers 20 h 45, le gardien de la paix Agnès D.
n'est pas de service. Mais au pied de son immeuble de la Plaine
du Lys, la police a fort à faire. Trois jours plus tôt, Khader Bouziane,
un habitant de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), a été abattu à
Fontainebleau, à l'issue d'une course poursuite avec la BAC (brigade
anticriminalité). La policière, connue dans la cité sous le sobriquet
de "Cacahuète", elle-même ne sait pas pourquoi, surveille de la
fenêtre de son appartement au 10e étage son Opel Corsa garée juste
en bas. Un groupe s'en approche, cocktail Molotov en main. Son sang
ne fait qu'un tour. Elle descend aussitôt "voir ce qui se passait",
après avoir mis son revolver de service dans la poche de son manteau,
"par souci de protection". Agnès D. comparaissait hier devant le
tribunal correctionnel de Melun pour violences volontaires avec
arme.
"Mensonges". Quelques minutes plus tard, Agnès D. téléphone
à son commissariat. "Je me suis fait agresser et dérober mon arme",
explique-t-elle, omettant simplement de dire qu'un coup de feu a
été tiré. Lorsqu'elle apprend qu'une personne a été blessée, elle
affirmera que les jeunes, après avoir pris son arme, se sont amusés
avec. Puis, plusieurs semaines plus tard, elle reconnaîtra avoir
tiré involontairement alors qu'on la frappait. Au sol, dit-elle
d'abord, puis près d'un an après les faits, elle admettra avoir
tiré debout. Devant le tribunal, elle ne se souvient plus. "Je n'ai
jamais vraiment su, c'est confus, mais c'est pendant l'agression
que le coup de feu est parti." Ce dernier point ne concorde pas
avec les déclarations de nombreux témoins, à commencer par celles
de la victime, Mohamed D., blessé à la fesse. Ils affirment avoir
vu la policière s'avancer vers un groupe de jeunes, debout et tenant
l'arme bras tendus. "Tout le monde s'est mis à courir, en criant
- attention, elle a un gun - puis je suis tombé, je suis reparti
sans penser que j'avais été blessé", raconte la victime. "Climat
d'austérité". "Pourquoi tous ces mensonges?" questionne la présidente,
s'adressant à la policière. "J'avais peur, il y avait un vrai climat
d'austérité (sic) à ce moment-là... Après, j'avais peur pour ma
carrière." A-t-elle bien crié "bande de salauds, vous avez cramé
ma voiture", comme le rapportent plusieurs témoins? "Heu, non, j'ai
dû dire "pourquoi vous en êtes-vous pris à ma voiture"" répond-elle.
La présidente n'est guère plus tendre avec la victime qu'avec la
prévenue. Mohamed D. affirme qu'il rentrait de la mosquée, mais
n'est guère précis sur les horaires. "Pourquoi ne dites-vous à personne
pendant une semaine que vous êtes blessé? Vous vous faites soigner
sous une fausse identité. On a l'impression que vous n'avez pas
la conscience tranquille." La question provoque un premier incident
entre l'avocat de la victime et la présidente: "Je ne comprend pas
l'attitude agressive du tribunal vis-à-vis de la victime et complaisante
vis-à-vis de la prévenue", lâche Francis Terquem. C'est exagéré,
mais dès que l'avocat fait mine de parler, la présidente Fabienne
Fiasella perd son sang-froid, lève les yeux au ciel, hausse les
épaules. Lors de sa plaidoirie, le défenseur de Mohamed D. laissera
entendre que le conflit ne date pas de ce procès: en septembre dernier,
quatre jeunes de la Plaine du Lys comparaissaient, notamment pour
violences. Les faits concernaient cette même nuit d'émeutes. "Ces
jeunes ont été lourdement condamnés à des peines de prison ferme,
accusés par la parole d'un policier d'avoir commis des faits bien
moins graves que ceux reprochés à la prévenue." Le procureur estime
plutôt qu'elle n'a fait que des "erreurs". "Elle avait peur, on
peut la comprendre", explique-t-il avant de requérir douze mois
de prison, dont dix avec sursis. "J'ai un sacré gros doute, tente
Bernard Servet, l'avocat d'Agnès D., est-ce bien la balle sortie
de l'arme tenue par madame D. qui a blessé la victime?" Jugement
le 26 juin
MARC PIVOIS
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