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UN POLICIER de la brigade anticriminalité de Tarbes comparaît à
partir d'aujourd'hui devant la cour d'assises des Hautes-Pyrénées
pour " homicide volontaire ". Alain Marty, 40 ans, est accusé d'avoir
abattu de trois balles, tirées sans sommation le soir du 31 août
1998, un érémiste de 33 ans. Le brigadier Alain Marty, encore en
civil, s'apprête à prendre son service lorsqu'Eric Benfatima, qui
fait la manche en compagnie de quelques SDF, s'approche pour lui
réclamer une cigarette. Marty fait aussitôt état de sa profession
et lui rappelle que la mendicité est interdite dans la ville. Ce
qui n'est qu'un simple rappel à l'ordre devient très vite une vive
discussion. Le ton monte. Une bagarre éclate.
" Ma carrière est foutue "
Marty tente de passer les menottes à Eric Benfatima. Mais ce dernier,
avec l'aide de ses amis SDF, parvient à se libérer et à prendre
la fuite. Fou de colère, le policier se lance aux trousses d'Eric
Benfatima : " Arrête, ou je te mets un plomb. " Le policier qui
a déjà dégainé son manhurin rattrape le fuyard dans une impasse.
" Il faisait noir, a ensuite expliqué le policier. Il m'a fait face,
en faisant un mouvement du bras. Je n'ai pas bien vu ce qu'il faisait.
Je lui ai demandé de lever les bras, j'ai tiré, et il est tombé.
" Dans un dernier souffle, Eric Benfatima, face contre terre, lancera
: " Tu m'as eu, mon salaud. " Aussitôt, les SDF du quartier crient
vengeance, veulent lyncher le policier. Ils brûlent sa moto. A l'arrivée
des policiers du commissariat, Marty n'a qu'un mot : " Ma carrière
est foutue. " L'un de ses collègues lui dira : " Tu as voulu jouer
au cow-boy. Ça, ce n'est pas une bavure… " Alain Marty, qui a tenté
dans un premier temps d'expliquer son geste par " la légitime défense
", n'a pu résister très longtemps devant les conclusions de l'inspection
générale de la police nationale. Alain Marty, arc-bouté sur ses
jambes, tenant son arme à deux mains, a tiré à quatre reprises.
Trois coups de feu ont atteint la victime, de dos, et à moins de
cinq mètres. " Une véritable mise à mort ", disent les amis de la
victime. Erémiste, père de deux enfants, vagabond à ses heures,
Eric Benfatima avait choisi de vivre loin de Sainte-Geneviève-des-Bois
(Essonne) où il avait longtemps résidé. Avec sa coupe de cheveux
à l'iroquoise, " Rickey ", comme l'appelait ses copains de la rue,
" tapait la clope, faisait le chanteur " mais n'oubliait jamais
ses enfants à qui il donnait régulièrement de ses nouvelles.
Alain Lemaître
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