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Poursuivi pour viol, il s'est donné la mort devant
les enquêteurs qui l'interrogeaient.
L'affaire devait occuper la cour d'assises du Vaucluse à Carpentras pendant
trois jours à partir de ce matin. Mais l'accusé, un entrepreneur poursuivi
pour viols, s'est tiré une balle dans la bouche, lundi soir, dans une
clinique d'Aubagne, où il était soigné pour une hernie. Au moment où trois
enquêteurs venaient l'interroger sur les derniers rebondissements de cette
affaire, qui valent à deux policiers d'être écroués depuis ce week-end,
soupçonnés d'avoir exercé des pressions sur la victime.
Celle-ci était une jeune fille de Cadenet (Vaucluse) âgée de 16 ans quand,
en octobre 1993, les gendarmes apprenaient par un renseignement anonyme
qu'elle aurait été victime d'abus sexuels, ce qui l'aurait poussée à deux
tentatives de suicide à l'été 1993.
Interrogée, la jeune fille raconte que, de 13 à 16 ans, elle a eu une
relation non consentie avec un ami de ses parents de trente ans son aîné,
L. C., qui l'aurait contrainte à des rapports sexuels, des fellations
et des sodomies. Ses accusations, circonstanciées, paraissent sérieuses
et, en novembre 1994, le chef d'entreprise est mis en examen pour viols
par un juge d'Avignon et écroué.
Il conteste les accusations, les expliquant d'abord par une vengeance
orchestrée par le père de la victime, en raison d'un litige financier.
Puis il affirme que c'est la mère qui lui en veut, car il aurait été son
amant, avant de rompre, ce qu'elle n'aurait pas accepté. Mais la mère
nie cette relation, et fournit un détail anatomique - une large cicatrice
sur son ventre - que l'accusé ne connaît pas, ce qui rend sa version peu
crédible.
En mars 1995, la chambre d'accusation libère L. C., après quatre mois
de détention. L'affaire traîne en longueur, puis le chef d'entreprise
est renvoyé devant les assises. Mais, il y a quelques semaines, la jeune
femme, aujourd'hui âgée de 22 ans, porte à nouveau plainte, pour des pressions
qu'elle aurait subies. Et samedi, deux policiers sont mis en examen pour
«usurpation de fonction, intimidation de victime, faux en écriture publique»,
et écroués par la juge Marie-Claude Pena, de Marseille.
Ils sont soupçonnés d'avoir élaboré un faux procès-verbal affirmant que
la jeune femme entretenait actuellement une liaison avec le chef d'entreprise
âgé de 52 ans, ce qui mettait à mal ses accusations de viols.
Selon l'AFP, Benoît Mathias, commandant de police à la sécurité publique
de Marseille, aurait transmis à la justice ce faux PV, qu'il a établi
d'après une «source anonyme», identifiée par les enquêteurs comme un lieutenant
des renseignements généraux (RG) de Draguignan (Var), Désiré Pujas. On
ne sait ce qui aurait poussé les deux policiers à agir de la sorte.
C'est pour recueillir la version du chef d'entreprise sur ce rebondissement
que trois policiers du SIR (service d'investigations et de recherches)
de Marseille sont allés, lundi, à la clinique. Selon le parquet de Marseille,
les enquêteurs venaient de lui notifier qu'ils allaient l'entendre quand
L.C. a demandé son sac pour prendre un médicament. Il s'est en fait emparé
d'une arme pour se tirer une balle dans la bouche. L'IGPN (Inspection
générale de la police nationale) a été chargée d'enquêter sur ce suicide
qui met fin à l'action publique. Mais le procès risquait de ne pas avoir
lieu de toutes façons: selon un de ses avocats, Me Philippe Vouland, un
expert, qui avait examiné l'accusé lundi à la clinique, estimait hier
son état incompatible avec une comparution en justice. Entretemps, L.C.
s'est donné la mort.
MICHEL HENRY
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