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LES CRIS DE DETRESSE des proches de Sydney Manoka, décédé en novembre
1998 lors d'une arrestation musclée, ont été entendus par la justice.
Mercredi dernier, la lecture du délibéré du tribunal correctionnel
de Lille qui jugeait cinq policiers à la suite de la mort de ce
père de famille de 27 ans, d'origine zaïroise, avait provoqué l'indignation
d'une large partie de la salle d'audience. Poursuivis pour non-assistance
à personne en danger et homicide involontaire pour deux d'entre
eux, seuls deux des fonctionnaires du commissariat de Tourcoing
avaient été condamnés à sept mois de prison avec sursis. Les trois
autres ont été relaxés. Vendredi, trois jours après ce jugement
contesté, le parquet de Lille a décidé de faire appel de cette décision,
tout comme deux parties civiles. Lors de ses réquisitions, le procureur
de la République avait réclamé de dix à douze mois de prison avec
sursis à l'encontre des cinq policiers. Décrivant l'interpellation
mouvementée durant laquelle le jeune homme avait trouvé la mort,
le magistrat avait déclaré que " cette scène pleine de négligences
et d'erreurs ne grandit pas la police nationale ".
" Tué comme un chien "
Alors que Sydney Manoka circulait en rollers dans les rues de Mouvaux,
une commune voisine de Tourcoing, cet espoir de la boxe amateur
avait eu une brève altercation avec un automobiliste. Ce dernier,
retraité de la police, reprochait à Sydney de gêner la circulation.
Une habitante de la rue qui connaissait l'automobiliste a appelé
le commissariat de Tourcoing : " Venez vite, un de vos collègues
a des difficultés. " Rapidement, une première patrouille est venue
à la rencontre du jeune homme. Un des fonctionnaires lui a demandé
de monter dans la voiture de police, mais Sydney s'y est refusé.
Tentant de le contraindre en lui saisissant le bras, le policier
est tombé au sol avec le boxeur. C'est à ce moment que deux véhicules
de la brigade anticriminalité, la BAC, sont arrivés sur les lieux
et que plusieurs de ses membres ont plaqué le jeune homme au sol.
Même leur collègue retraité est venu leur prêter main forte. Mais
lorsque les policiers passent les menottes au " suspect ", ce dernier
ne bouge déjà plus. Transporté inanimé vers le commissariat, son
décès sera constaté quelques minutes plus tard. L'autopsie effectuée
sur le corps de ce garçon, dont la constitution physique a été estimée
supérieure à la moyenne, révélera " un processus asphyxique dû à
une contrainte thoracique ". " Ils l'ont tué comme un chien et demain
ils seront de nouveau dans la rue ", avait lancé, écoeurée, la femme
du jeune homme après l'annonce du délibéré du tribunal correctionnel.
La cour d'appel de Douai sera finalement appelée à rejuger cette
affaire dans les mois à venir.
Stéphane Albouy
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