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Bavure precedente Des gendarmes d'élite auraient joué les barbouzes
Le Parisien - Vendredi 21 juillet

SAISI INITIALEMENT d'un dossier d'abus de biens sociaux et de banqueroute, Jean-Marie Charpier, juge d'instruction à Versailles, doit entendre la semaine prochaine Didier Sicot, l'ancien garde du corps du PDG d'Elf. Incarcéré depuis le 4 mai dernier, et mis en examen pour abus de biens sociaux, comme l'indique " l'Express " d'hier, Didier Sicot est soupçonné d'avoir été le dirigeant de fait de Body Security, une officine de gardiennage en cheville avec des policiers ou des gendarmes " ripoux ". Certains d'entre eux, payés à coups de fausses factures, auraient même mené des opérations d'espionnage de syndicalistes. Le juge, saisi d'un réquisitoire supplétif du parquet de Versailles pour " atteinte à la vie privée ", enquête notamment à la Compagnie des Wagons-lits. Interrogé hier, un des responsables sécurité de cette société dément totalement toute forme d'" espionnage " des syndicats. Quoi qu'il en soit, Bernard Priem, un gardien de la paix rattaché à la Mutuelle générale de la police et " employé " de Sicot, accepte pour la première fois de témoigner. Vous avez travaillé pour Didier Sicot, l'ancien garde du corps du PDG d'Elf reconverti dans le privé. Ces missions vous valent une mise en examen. Pourquoi ? Bernard Priem. Oui, je le reconnais, je suis gardien de la paix et j'ai " travaillé à coté ", comme on dit. Mais qui, à la préfecture de police de Paris, ne l'a jamais fait ? Je ne le nie pas, j'ai touché moins de 80 000 F pour effectuer quelques missions d'" apporteur d'affaires " en dehors de mes heures de travail. J'ai fait cela parce que j'avais des problèmes familiaux et je découvre aujourd'hui que, pour sortir l'argent des caisses de sa société, Didier Sicot passait par des fausses factures. Je ne suis pas responsable de cela. Mais ce qui me révolte, dans cette histoire, c'est d'être le seul à trinquer, alors que Didier Sicot, qui était le véritable patron de Body Security, connaît de nombreux fonctionnaires bien plus haut placés que moi. Et il en faisait travailler certains à 5 000 F la journée pour des missions spéciales.

" Poser des micros dans des locaux syndicaux "

Quel genre de missions spéciales ? J'ai dû reconnaître devant le juge Charpier que certains fonctionnaires, y compris avec leur voiture de fonction et leur matériel spécial pour les écoutes, ont participé à des surveillances de syndicalistes... Le juge a découvert, par exemple, que Body Security avait travaillé pour la Compagnie des Wagons-lits, dont un des responsables de la sécurité est un ancien policier de la brigade financière. Je sais que des syndicalistes ont été suivis, j'ai même vu des photos prises au téléobjectif, et je sais qu'il était même question de poser des micros dans les locaux syndicaux à une époque, à l'automne dernier, où la société connaissait un conflit social très dur. Body Security est intervenue pour des missions ponctuelles et rédigeait ensuite des rapports confidentiels. Le juge a également découvert qu'un des anciens gardes du corps de Danielle Mitterrand, aujourd'hui affecté aux services des voyages officiels, a mis Body Security sur un marché auprès d'une société textile très connue. Là aussi, des fonctionnaires en poste ont travaillé à des opérations spéciales. Il y a eu aussi des interventions à Rungis pendant le conflit des routiers. Body Security, agréé pour de simples missions de gardiennage, allait donc au-delà. Vous avez travaillé à la brigade financière et vous aviez même été entendu dans le cadre de l'enquête sur le vol des scellés de l'affaire Elf. Savez-vous quelque chose sur ce vol ? Non, on a voulu m'impliquer là-dedans, mais je n'y suis pour rien. Didier Sicot est quelqu'un qui a le bras long et qui s'est toujours vanté de connaître les hauts dirigeants d'Elf, mais je n'en sais pas plus... A une époque, il rentrait comme il voulait au ministère de l'Intérieur, au commissariat du XVIe ou à l'IGS, l'inspection générale des services. C'est d'ailleurs un de ses amis de l'IGS, un commandant, qui est venu perquisitionner chez moi avec la PJ de Versailles. J'ai eu des menaces de mort. Mais, maintenant, je ne me laisserai pas faire.

Propos recueillis par Laurent Valdiguié

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