|
SAISI INITIALEMENT d'un dossier d'abus de biens sociaux et de banqueroute,
Jean-Marie Charpier, juge d'instruction à Versailles, doit entendre
la semaine prochaine Didier Sicot, l'ancien garde du corps du PDG
d'Elf. Incarcéré depuis le 4 mai dernier, et mis en examen pour
abus de biens sociaux, comme l'indique " l'Express " d'hier, Didier
Sicot est soupçonné d'avoir été le dirigeant de fait de Body Security,
une officine de gardiennage en cheville avec des policiers ou des
gendarmes " ripoux ". Certains d'entre eux, payés à coups de fausses
factures, auraient même mené des opérations d'espionnage de syndicalistes.
Le juge, saisi d'un réquisitoire supplétif du parquet de Versailles
pour " atteinte à la vie privée ", enquête notamment à la Compagnie
des Wagons-lits. Interrogé hier, un des responsables sécurité de
cette société dément totalement toute forme d'" espionnage " des
syndicats. Quoi qu'il en soit, Bernard Priem, un gardien de la paix
rattaché à la Mutuelle générale de la police et " employé " de Sicot,
accepte pour la première fois de témoigner. Vous avez travaillé
pour Didier Sicot, l'ancien garde du corps du PDG d'Elf reconverti
dans le privé. Ces missions vous valent une mise en examen. Pourquoi
? Bernard Priem. Oui, je le reconnais, je suis gardien de la paix
et j'ai " travaillé à coté ", comme on dit. Mais qui, à la préfecture
de police de Paris, ne l'a jamais fait ? Je ne le nie pas, j'ai
touché moins de 80 000 F pour effectuer quelques missions d'" apporteur
d'affaires " en dehors de mes heures de travail. J'ai fait cela
parce que j'avais des problèmes familiaux et je découvre aujourd'hui
que, pour sortir l'argent des caisses de sa société, Didier Sicot
passait par des fausses factures. Je ne suis pas responsable de
cela. Mais ce qui me révolte, dans cette histoire, c'est d'être
le seul à trinquer, alors que Didier Sicot, qui était le véritable
patron de Body Security, connaît de nombreux fonctionnaires bien
plus haut placés que moi. Et il en faisait travailler certains à
5 000 F la journée pour des missions spéciales.
" Poser des micros dans des locaux syndicaux
"
Quel genre de missions spéciales ? J'ai dû reconnaître devant le
juge Charpier que certains fonctionnaires, y compris avec leur voiture
de fonction et leur matériel spécial pour les écoutes, ont participé
à des surveillances de syndicalistes... Le juge a découvert, par
exemple, que Body Security avait travaillé pour la Compagnie des
Wagons-lits, dont un des responsables de la sécurité est un ancien
policier de la brigade financière. Je sais que des syndicalistes
ont été suivis, j'ai même vu des photos prises au téléobjectif,
et je sais qu'il était même question de poser des micros dans les
locaux syndicaux à une époque, à l'automne dernier, où la société
connaissait un conflit social très dur. Body Security est intervenue
pour des missions ponctuelles et rédigeait ensuite des rapports
confidentiels. Le juge a également découvert qu'un des anciens gardes
du corps de Danielle Mitterrand, aujourd'hui affecté aux services
des voyages officiels, a mis Body Security sur un marché auprès
d'une société textile très connue. Là aussi, des fonctionnaires
en poste ont travaillé à des opérations spéciales. Il y a eu aussi
des interventions à Rungis pendant le conflit des routiers. Body
Security, agréé pour de simples missions de gardiennage, allait
donc au-delà. Vous avez travaillé à la brigade financière et vous
aviez même été entendu dans le cadre de l'enquête sur le vol des
scellés de l'affaire Elf. Savez-vous quelque chose sur ce vol ?
Non, on a voulu m'impliquer là-dedans, mais je n'y suis pour rien.
Didier Sicot est quelqu'un qui a le bras long et qui s'est toujours
vanté de connaître les hauts dirigeants d'Elf, mais je n'en sais
pas plus... A une époque, il rentrait comme il voulait au ministère
de l'Intérieur, au commissariat du XVIe ou à l'IGS, l'inspection
générale des services. C'est d'ailleurs un de ses amis de l'IGS,
un commandant, qui est venu perquisitionner chez moi avec la PJ
de Versailles. J'ai eu des menaces de mort. Mais, maintenant, je
ne me laisserai pas faire.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié
|