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Bavure precedente Comment la Grande-Borne s'est enflammée
Le Parisien - Mercredi 20 septembre

LES POLICIERS parlent de « guérilla urbaine », les jeunes crient à la « bavure ». Depuis la mort, dimanche sur un parking de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne), d'Ali Rezgui, 19 ans, tué d'une balle dans le ventre par un gardien de la paix, les deux cités les plus sensibles du département de l'Essonne ­ les Tarterêts à Evry et la Grande-Borne à Grigny, où le défunt habitait ­ vivent au rythme des affrontements entre forces de police et adolescents. Dans la nuit d'hier, un nouveau palier a été franchi dans l'escalade de la violence. Pour la première fois, un CRS a été la cible d'un « sniper ». Le policier, âgé de 29 ans, était en faction dans un endroit calme, le square du Damier, quand il a été touché au pied par une balle de carabine 22 long rifle. Le tireur était posté sur un toit. Il n'a pu être identifié. Le policier a dû être opéré. Il ne devrait pas souffrir de séquelles. Six autres membres des forces de l'ordre ont été blessés au cours de la même nuit, par des jets de pierre.

« L'affaire semble carrée »

Aucune interpellation n'a été effectuée, ce qui a provoqué la colère du maire communiste de Grigny, Claude Vasquez. Selon lui « une trentaine de jeunes portent un mauvais coup à la cité ». Une centaine de CRS, gendarmes mobiles et gardiens de la paix ont été mobilisés dans les deux cités. Ils y resteront au moins jusqu'à la fin de la semaine. Des patrouilles seront chargées de repérer les « regroupements suspects », puis les équipes d'intervention les disperseront. Le service régional de police judiciaire de Versailles, qui est en charge de l'enquête avec l'inspection générale de la police nationale, devrait remettre aujourd'hui son rapport préliminaire au parquet de Melun. Il devrait confirmer la thèse de la légitime défense. « Tous les témoignages concordent, explique une source proche de l'enquête. L'affaire semble carrée. » Dimanche matin à l'aube, Ali Rezgui et trois autres jeunes originaires de l'Essonne entrent à bord d'une camionnette J9 dans le parking souterrain de la résidence la Closerie à Combs-la-Ville. Là, ils volent trois motos. Un voisin, alerté par le bruit, prévient le commissariat de Moissy-Cramayel. Deux voitures de police se rendent sur les lieux. L'une d'elles se place face à la sortie du parking, de manière à empêcher le fourgon, conduit par Ali Rezgui, de s'enfuir. Tout va ensuite très vite. Le J9 sort. Un policier crie « halte ! » et tire une première fois vers les pneus du véhicule. En vain, la balle ripe sur le sol. Ali Rezgui accélère alors, fonçant droit sur la voiture barrant le passage. Le policier situé à la place passager sort et dégaine son arme, tandis que la conductrice reste à bord. Le policier tire cinq fois. Les trois premières balles atteignent le côté droit de la fourgonnette. Le véhicule accélère toujours. Le gardien de la paix vise alors le pare-brise. Deux balles traversent la vitre, l'une d'elles touche Rezgui au bas-ventre. Le jeune homme décède immédiatement. Cette mort violente a choqué les amis d'Ali Rezgui. A 19 ans, celui-ci avait déjà été mis en cause dans une quarantaine d'affaires de vols et de violences verbales ou physiques.

« Un garçon intelligent mais infantile »

Issu d'une fratrie de dix enfants dont le père est absent depuis de longues années, il est décrit par l'avocat de la famille, Me Damien Brossier, comme un garçon « intelligent, attachant mais infantile et livré à lui-même ». Il avait abandonné l'école depuis plusieurs années et vivait sans doute de petits vols mais n'avait pas la réputation d'être un garçon dangereux. « Il venait de passer son permis de chauffeur cariste, explique l'avocat. Il faisait un stage. J'avais l'impression qu'il allait mieux, qu'il se reprenait en main. » Samedi soir, il est parti avec ses copains pour la « virée » de trop. Dimanche, la rumeur de son décès a enflammé la cité. Sa famille, elle, n'a toujours pas été avertie officiellement de sa disparition.

Frédéric Vézard

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