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DÈS AUJOURD'HUI, la préfecture du Nord ouvrira une enquête administrative
pour examiner les accusations des autorités belges qui affirment
que des policiers français ont transféré irrégulièrement sur leur
territoire 48 clandestins. Cela pour s'éviter les longues procédures
d'expulsion. Hier, le ministre belge de l'Intérieur, Antoine Duquesne,
a écrit à son homologue français pour obtenir des explications.
Il compte bien profiter de sa rencontre avec Daniel Vaillant lors
du Conseil européen des ministres de l'Intérieur et de la Justice
pour comprendre l'attitude de la France. L'attitude de la police
française est dénoncée par un maire en colère, le bourgmestre de
La Panne, une station balnéaire belge située à 20 kilomètres de
Dunkerque. « Jeudi dernier, raconte Willy Vanheste, des policiers
français ont littéralement largué en pleine campagne 48 personnes,
en trois groupes, près d'Adinkerke. Un premier groupe, une famille
kosovare, a été repéré à quelques centaines de mètres de la frontière
franco-belge, par des agriculteurs, qui ont aussitôt alerté les
gendarmes. Les autres groupes de réfugiés errant le long des routes
étaient composés de familles albanaises et turques. Arrivées clandestinement
en France, espérant sans doute atteindre l'Eldorado britannique,
ces personnes avaient été interpellées en situation illégale sur
le territoire français, près de Dunkerque.
« En aucun cas, ces policiers ne sont autorisés
à pénétrer sur le sol belge sans prévenir »
Plutôt que de se lancer dans le circuit classique : vérification
d'identité, centre de rétention puis reconduite à la frontière,
les policiers les auraient discrètement conduits en voiture en Belgique.
« Ce n'est pas la première fois », assure le maire de La Panne dont
les agents ont relevé le numéro d'immatriculation d'une des voitures
qui a assuré le convoyage. « Ce véhicule banalisé est un véhicule
de la police française », accuse le bourgmestre. Les réfugiés ont
finalement été hébergés dans une maison d'accueil de La Panne avant
d'être mis à la disposition de l'Office des étrangers. Avec ces
étranges pratiques de « passe à ton voisin », M. Duquesne, le ministre
belge de l'Intérieur a annoncé qu'il demanderait des contrôles renforcés
à la frontière franco-belge, aussi bien sur les routes que dans
les trains. Côté français, le sous-préfet de Dunkerque, Jean-François
Tallec assure tout ignorer de ces transferts. « Nous avons le souci
d'appliquer très scrupuleusement les procédures en vigueur en matière
d'étrangers et d'entretenir de bonnes relations avec les autorités
belges. » Il explique que dans le cas de procédure de non-admission,
« les policiers peuvent refouler à la frontière des étrangers ne
disposant pas d'un titre de séjour valable en France, mais, en aucun
cas, ces policiers ne sont autorisés à pénétrer sur le sol belge
sans en avoir prévenu les autorités ». En fait, tous les pays de
l'espace Schengen, sont confrontés à ce type de situation, devant
faire face à des afflux massifs de réfugiés, kosovars, albanais,
turcs et chinois. Des centaines d'étrangers candidats au passage
vers la Grande-Bretagne convergent chaque semaine vers le littoral
du Nord-Pas-de-Calais et de la Belgique, où ils espèrent pouvoir
s'embarquer clandestinement, au prix de risques parfois insensés,
sur des camions, des ferries ou des trains, à destination des côtes
anglaises.
Alain Lemaître
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