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Bavure precedente Les « charters » clandestins des policiers français
Le Parisien - Dimanche 24 septembre

DÈS AUJOURD'HUI, la préfecture du Nord ouvrira une enquête administrative pour examiner les accusations des autorités belges qui affirment que des policiers français ont transféré irrégulièrement sur leur territoire 48 clandestins. Cela pour s'éviter les longues procédures d'expulsion. Hier, le ministre belge de l'Intérieur, Antoine Duquesne, a écrit à son homologue français pour obtenir des explications. Il compte bien profiter de sa rencontre avec Daniel Vaillant lors du Conseil européen des ministres de l'Intérieur et de la Justice pour comprendre l'attitude de la France. L'attitude de la police française est dénoncée par un maire en colère, le bourgmestre de La Panne, une station balnéaire belge située à 20 kilomètres de Dunkerque. « Jeudi dernier, raconte Willy Vanheste, des policiers français ont littéralement largué en pleine campagne 48 personnes, en trois groupes, près d'Adinkerke. Un premier groupe, une famille kosovare, a été repéré à quelques centaines de mètres de la frontière franco-belge, par des agriculteurs, qui ont aussitôt alerté les gendarmes. Les autres groupes de réfugiés errant le long des routes étaient composés de familles albanaises et turques. Arrivées clandestinement en France, espérant sans doute atteindre l'Eldorado britannique, ces personnes avaient été interpellées en situation illégale sur le territoire français, près de Dunkerque.

« En aucun cas, ces policiers ne sont autorisés à pénétrer sur le sol belge sans prévenir »

Plutôt que de se lancer dans le circuit classique : vérification d'identité, centre de rétention puis reconduite à la frontière, les policiers les auraient discrètement conduits en voiture en Belgique. « Ce n'est pas la première fois », assure le maire de La Panne dont les agents ont relevé le numéro d'immatriculation d'une des voitures qui a assuré le convoyage. « Ce véhicule banalisé est un véhicule de la police française », accuse le bourgmestre. Les réfugiés ont finalement été hébergés dans une maison d'accueil de La Panne avant d'être mis à la disposition de l'Office des étrangers. Avec ces étranges pratiques de « passe à ton voisin », M. Duquesne, le ministre belge de l'Intérieur a annoncé qu'il demanderait des contrôles renforcés à la frontière franco-belge, aussi bien sur les routes que dans les trains. Côté français, le sous-préfet de Dunkerque, Jean-François Tallec assure tout ignorer de ces transferts. « Nous avons le souci d'appliquer très scrupuleusement les procédures en vigueur en matière d'étrangers et d'entretenir de bonnes relations avec les autorités belges. » Il explique que dans le cas de procédure de non-admission, « les policiers peuvent refouler à la frontière des étrangers ne disposant pas d'un titre de séjour valable en France, mais, en aucun cas, ces policiers ne sont autorisés à pénétrer sur le sol belge sans en avoir prévenu les autorités ». En fait, tous les pays de l'espace Schengen, sont confrontés à ce type de situation, devant faire face à des afflux massifs de réfugiés, kosovars, albanais, turcs et chinois. Des centaines d'étrangers candidats au passage vers la Grande-Bretagne convergent chaque semaine vers le littoral du Nord-Pas-de-Calais et de la Belgique, où ils espèrent pouvoir s'embarquer clandestinement, au prix de risques parfois insensés, sur des camions, des ferries ou des trains, à destination des côtes anglaises.

Alain Lemaître

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