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DES NÉO-NAZIS POSEURS DE BOMBE, des explosifs retrouvés dans une villa
de la DGSE, une maîtresse trop bavarde, une fausse saisie d'armes couverte
à la fois par un policier, un juge et un procureur... C'est une histoire
rocambolesque à laquelle s'attaque aujourd'hui la 17e chambre du tribunal
correctionnel de Paris avec le dossier du policier Huy Decloedt, poursuivi
pour vol et détention d'explosifs. L'affaire remonte à la fin des années
quatre-vingt. La Côte d'Azur est secouée par des explosions contre des
foyers de travailleurs immigrés et des permanences de syndicats, qui font
un mort et une trentaine de blessés. L'instruction est confiée au juge
grassois Jean-Pierre Murciano, habitué des affaires sensibles. En janvier
1989, des néo-nazis du PNFE (Parti national français européen) dont
la devise est « Hitler, ce visionnaire méconnu » sont identifiés comme
auteurs de ces attentats. Le chef du réseau extrémiste est un certain
Nicolas Gouge, serveur au buffet de la gare de Cannes. Les enquêteurs
de la PJ de Nice, dirigés par Huy Decloedt, ne retrouvent pas tous les
explosifs et redoutent qu'un stock encore en circulation serve à d'autres
tueries.
« La France avec sa police »
Un accord est alors passé avec Michel Gouge, correspondant de la DGSE
(les services secrets) et frère de Nicolas, pour récupérer ce stock. Cela
conduit à une saisie sur un bateau dans le port de Cannes et à une autre
prise dans une villa propriété de la DGSE transformée en dépôt d'armes
et de munitions, selon le témoignage de Huy Decloedt. A l'époque, magistrats
et enquêteurs sont satisfaits mais des zones d'ombre subsistent sur les
relations de Nicolas Gouge avec l'association d'extrême droite La France
avec sa police, très active sur la Côte et dissoute par la suite pour
escroquerie. Tout aurait pu en rester là mais cinq ans plus tard, en juillet
1994, alors qu'elle est sous écoute pour une tout autre affaire, l'ex-maîtresse
de Decloedt raconte au téléphone que son amant a gardé une partie des
explosifs saisis. Une enquête préliminaire est ouverte, les explosifs
sont découverts et le policier révèle qu'il les gardés dans son bureau
à la PJ puis dans un garage, en accord avec les magistrats. Ce stock saisi
en 1989 aurait été sous-évalué sur procès-verbal pour que l'indicateur
n'ait pas de problème. Le vrai-faux PV de saisie, signé par le juge Murciano,
aurait été couvert par le procureur Farret en poste alors à Grasse. Cette
version a été confirmée ensuite par Michel Gouge. L'affaire, classée en
novembre 1994 puis rouverte en 1995, est jugée aujourd'hui. Parallèlement,
le juge Murciano et le procureur de l'époque Bernard Farret ont été mis
en examen dans une autre instruction pour faux en écriture publique et
infraction à la législation des armes. Bernard Farret a démissionné de
son poste de procureur de Bastia en décembre et affirme n'avoir rien à
se reprocher. Le juge Murciano dénonce un « lynchage » destiné à le discréditer.
Eric Giacometti
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