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DEPUIS UNE SEMAINE, une vive polémique oppose les deux principaux
services de la préfecture de police de Paris. La police judiciaire
(PJ) reproche à la police urbaine de proximité (PUP) d'avoir refusé
de procéder à l'arrestation d'un SDF recherché pour meurtre. Il
a même fallu que la PJ réquisitionne deux « plantons » en poste
devant un ministère pour interpeller ce suspect qui a été, depuis,
mis en examen et écroué. C'est le premier dysfonctionnement aussi
grave survenu depuis la création de la PUP, en mars 1999. Ce litige
fait suite au meurtre d'un cafetier parisien, tué le 30 août dernier
dans un parking souterrain de la rue Saint-Honoré (Ier arrondissement).
Le corps de Pierre Couet, 62 ans, gérant de la brasserie le Castiglione,
située à proximité, présentait trois blessures à l'arme blanche
dont une mortelle au coeur. Sa voiture avait été fouillée et sa
montre dérobée. L'enquête confiée à la PJ, en l'occurrence à la
brigade criminelle, s'est vite orientée vers un groupe de SDF originaires
de l'Est dont l'un des membres aurait eu, peu avant le meurtre,
une sérieuse altercation avec la victime. Le suspect est alors clairement
identifié comme étant un ressortissant polonais âgé d'une trentaine
d'années. Alors que Pierre Couet est enterré dans son village natal
d'Escoubès (Pyrénées-Atlantiques), la « crime » diffuse un signalement
du suspect auprès de commerçants du quartier Saint-Honoré, avec
consigne d'appeler d'urgence la PJ au 36, quai des Orfèvres, s'il
était vu dans le secteur. Mardi dernier, 23 h 50 : extraordinaire
coup du destin. Le Polonais en question se présente avec quatre
autres SDF au Castiglione, la brasserie de sa victime présumée.
L'un des employés prévient aussitôt la brigade criminelle qui demande
à l'état-major de la PUP, dont les effectifs quadrillent Paris vingt-quatre
heures sur vingt-quatre, d'arrêter immédiatement ces cinq clients.
On est passé « tout près d'un énorme ratage »
A 0 h 30, alors que le temps passe, la « crime » essuie un refus
tout net au motif qu'il y a des « risques potentiels » pour les
policiers de la PUP. On fait donc appel à des fonctionnaires de
la PJ, dont certains habitent en banlieue parisienne. A 0 h 35,
un officier de la brigade criminelle se présente enfin devant la
brasserie. Par chance, les suspects sont encore accoudés au comptoir.
Mais toujours pas de renforts. En désespoir de cause, l'officier
va chercher deux gardiens de la paix postés devant le ministère
de la Justice, place Vendôme, avec lesquels il procédera en douceur
aux interpellations. Il est alors 0 h 50, soit une heure exactement
après le premier appel signalant la présence du principal suspect,
qui sera incarcéré le surlendemain pour le meurtre de Pierre Couet.
A la préfecture de police, tout le monde s'accorde à dire qu'on
est passé « tout près d'un énorme ratage ». Et si cet épisode a
donné lieu à des sanctions, après une franche explication entre
le directeur de la PJ et son homologue de la PUP, l'heure semble
maintenant à l'apaisement. « Il y a eu un problème de communication,
admet-on à la PUP. Nous avions dépêché une équipe en civil sur place.
Mais elle n'est pas intervenue, ne sachant pas si ces individus
étaient armés. » Même refrain ou presque côté PJ, on l'on préfère
mettre ce cafouillage sur le compte d'une « erreur humaine » plutôt
que sur « un réel dysfonctionnement » entre services.
Stéphane Bouchet
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