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Bavure precedente La police a failli rater un meurtrier présumé
Le Parisien - Mardi 10 octobre

DEPUIS UNE SEMAINE, une vive polémique oppose les deux principaux services de la préfecture de police de Paris. La police judiciaire (PJ) reproche à la police urbaine de proximité (PUP) d'avoir refusé de procéder à l'arrestation d'un SDF recherché pour meurtre. Il a même fallu que la PJ réquisitionne deux « plantons » en poste devant un ministère pour interpeller ce suspect qui a été, depuis, mis en examen et écroué. C'est le premier dysfonctionnement aussi grave survenu depuis la création de la PUP, en mars 1999. Ce litige fait suite au meurtre d'un cafetier parisien, tué le 30 août dernier dans un parking souterrain de la rue Saint-Honoré (Ier arrondissement). Le corps de Pierre Couet, 62 ans, gérant de la brasserie le Castiglione, située à proximité, présentait trois blessures à l'arme blanche dont une mortelle au coeur. Sa voiture avait été fouillée et sa montre dérobée. L'enquête confiée à la PJ, en l'occurrence à la brigade criminelle, s'est vite orientée vers un groupe de SDF originaires de l'Est dont l'un des membres aurait eu, peu avant le meurtre, une sérieuse altercation avec la victime. Le suspect est alors clairement identifié comme étant un ressortissant polonais âgé d'une trentaine d'années. Alors que Pierre Couet est enterré dans son village natal d'Escoubès (Pyrénées-Atlantiques), la « crime » diffuse un signalement du suspect auprès de commerçants du quartier Saint-Honoré, avec consigne d'appeler d'urgence la PJ au 36, quai des Orfèvres, s'il était vu dans le secteur. Mardi dernier, 23 h 50 : extraordinaire coup du destin. Le Polonais en question se présente avec quatre autres SDF au Castiglione, la brasserie de sa victime présumée. L'un des employés prévient aussitôt la brigade criminelle qui demande à l'état-major de la PUP, dont les effectifs quadrillent Paris vingt-quatre heures sur vingt-quatre, d'arrêter immédiatement ces cinq clients.

On est passé « tout près d'un énorme ratage »

A 0 h 30, alors que le temps passe, la « crime » essuie un refus tout net au motif qu'il y a des « risques potentiels » pour les policiers de la PUP. On fait donc appel à des fonctionnaires de la PJ, dont certains habitent en banlieue parisienne. A 0 h 35, un officier de la brigade criminelle se présente enfin devant la brasserie. Par chance, les suspects sont encore accoudés au comptoir. Mais toujours pas de renforts. En désespoir de cause, l'officier va chercher deux gardiens de la paix postés devant le ministère de la Justice, place Vendôme, avec lesquels il procédera en douceur aux interpellations. Il est alors 0 h 50, soit une heure exactement après le premier appel signalant la présence du principal suspect, qui sera incarcéré le surlendemain pour le meurtre de Pierre Couet. A la préfecture de police, tout le monde s'accorde à dire qu'on est passé « tout près d'un énorme ratage ». Et si cet épisode a donné lieu à des sanctions, après une franche explication entre le directeur de la PJ et son homologue de la PUP, l'heure semble maintenant à l'apaisement. « Il y a eu un problème de communication, admet-on à la PUP. Nous avions dépêché une équipe en civil sur place. Mais elle n'est pas intervenue, ne sachant pas si ces individus étaient armés. » Même refrain ou presque côté PJ, on l'on préfère mettre ce cafouillage sur le compte d'une « erreur humaine » plutôt que sur « un réel dysfonctionnement » entre services.

Stéphane Bouchet

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