|
UNE POLICIÈRE a abattu, mardi soir, à Nanterre (Hauts-de-Seine),
un homme de 32 ans qui la menaçait avec un fusil à pompe. La jeune
femme, une gardienne de la paix stagiaire âgée de 27 ans, a ouvert
le feu à trois reprises, atteignant par deux fois Mohamed Belalia.
Touché au thorax, ce père de famille, inconnu des services de police,
n'a pas survécu à ses blessures. La policière, choquée, a été hospitalisée
et placée en garde à vue. Elle a été libérée hier après-midi. L'inspection
générale des services (IGS), la police des polices, est chargée
de l'enquête. C'est un « différend familial » qui a provoqué ce
face-à-face mortel. Mardi, vers 21 h 30, Karima, l'épouse de Mohamed,
compose le 17 pour se plaindre du comportement de son mari, ivre
et agressif. Trois véhicules de police filent en direction d'un
immeuble plutôt tranquille de la rue Salvador-Allende, dans le quartier
de Nanterre-Préfecture. Sur place, les policiers tentent de contacter
la famille par l'interphone. Une voix de femme leur répond, mais
la communication est aussitôt interrompue. Plusieurs agents se rendent
alors sur le palier du cinquième étage, où ils auraient entendu
des « cris » provenant d'un appartement. Ils frappent à la porte.
Mohamed leur ouvre, un fusil à la main. Aussitôt, les gardiens de
la paix se réfugient dans les escaliers. Seule une jeune femme policier,
bloquée sur le palier, reste face à lui. Elle prend peur et dégaine
son arme. Trois coups partent. Deux d'entre eux atteignent Mohamed,
qui s'effondre, mortellement blessé. Le Samu et les pompiers ne
parviendront pas à ramener à la vie cet informaticien au chômage,
père d'un garçon de cinq ans.
« Elle a agi dans la panique »
« C'est un cas de légitime défense », affirme le syndicat de police
Alliance, qui s'offusque que « (leur) collègue ait été placée en
garde à vue ». Cette version ne convainc pas la famille de la victime.
« La policière a tiré trois fois. Soit au moins deux fois de trop.
Elle a agi dans la panique », lâche le frère de Mohamed, d'une voix
brisée par la douleur. « L'arme de mon frère n'était pas chargée.
En plus, elle n'était même pas montée correctement, il n'y avait
même pas la crosse, reprend-il. Ce que les agents ont vu, c'était
un morceau d'arme. » Un élément que la policière n'a, à l'évidence,
pas eu le temps d'apprécier. Reste une inconnue : pourquoi ce père
de famille a-t-il brandi une arme face aux policiers ? Mohamed
que tous ses proches appelaient Badé ne présentait pas le profil
du délinquant violent. « Il avait des diplômes, était passionné
de photographie. Sa femme est directrice adjointe d'un magasin d'optique
», souligne sa famille. Bref, un couple de la classe moyenne. «
Son geste relèverait plutôt de l'appel au secours », estime un de
ses proches. « Il ne buvait pas souvent, mais quand il était ivre,
il avait des réactions bizarres. »
Guillaume Doyen
|